Le paiement des primes destinées aux combattants de la Réserve armée de la défense (RAD), communément appelés Wazalendo, est au cœur d’un nouveau débat en République démocratique du Congo.
Le vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale, Guy Kabombo Muadiamvita, aurait demandé le gel des comptes bancaires utilisés pour le paiement de ces primes, contestant notamment la liste des bénéficiaires qui lui a été soumise.
L’information a été rapportée le 1er octobre 2026 par Africa Intelligence, qui évoque des soupçons concernant la gestion des primes des réservistes de l’armée. Des médias congolais, dont Enquete.cd et Reporter.cd, ont également relayé cette information le 2 octobre.
Cette décision intervient dans un contexte où le financement de la RAD et la prise en charge des Wazalendo font déjà l’objet de nombreuses interrogations au sein de la classe politique et de l’opinion publique.
4 millions de dollars par mois : que dit réellement le gouvernement ?
Le montant de 4 millions de dollars américains par mois n’est pas une nouvelle estimation apparue avec le gel des comptes. Il avait déjà été évoqué au niveau institutionnel.
En avril 2026, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, avait indiqué devant la Commission Défense et Sécurité de l’Assemblée nationale que la prise en charge des Wazalendo était estimée à environ 4 millions USD par mois. Selon les éléments rapportés à l’époque, ces ressources servent notamment à organiser, équiper et acheminer les combattants sur les différents théâtres d’opérations, dans le cadre de la Réserve armée de la défense.
Cette enveloppe avait déjà suscité des interrogations au Parlement. En août 2026, le député national Claude Misare avait demandé au ministre de la Défense de fournir des explications sur la gestion de ces fonds, notamment sur les montants effectivement décaissés, leur répartition et l’identité des bénéficiaires.
Le député faisait notamment valoir que les conditions de vie de certains Wazalendo sur les lignes de front ne semblaient pas correspondre aux montants annoncés.
Pas encore de preuve publique d’un détournement
Si la question de la gestion des fonds est désormais au centre des discussions, il convient toutefois de faire une distinction importante : les informations actuellement disponibles ne permettent pas d’affirmer qu’un détournement des 4 millions USD a été établi.
Le gel des comptes rapporté par Africa Intelligence serait lié, selon cette source, à la contestation par le ministre de la Défense de la liste des bénéficiaires. Il s’agit donc, à ce stade, d’une mesure de vérification et de contrôle, et non de la preuve publique qu’un détournement aurait été commis.
La principale question semble ainsi porter sur l’identification des bénéficiaires réellement éligibles et sur le mécanisme permettant de s’assurer que les ressources publiques atteignent effectivement les combattants concernés.
Le risque d’un blocage généralisé
Sur le terrain, toute interruption prolongée de la prise en charge pourrait néanmoins avoir des conséquences sur les combattants engagés dans les zones de conflit.
Les Wazalendo sont présents sur plusieurs fronts de l’Est de la RDC aux côtés des FARDC, notamment au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Des affrontements les opposant à l’AFC-M23 ont encore provoqué des déplacements de populations dans le territoire de Masisi au cours des derniers mois, selon Radio Okapi.
Dans ce contexte, le débat ne porte donc pas uniquement sur la transparence financière. Il concerne également la manière de contrôler les fonds publics sans interrompre, lorsque cela est justifié, la prise en charge des combattants effectivement engagés sur le terrain.
Des propositions pour un contrôle plus rigoureux
Face à cette situation, plusieurs pistes peuvent être envisagées afin de concilier contrôle financier et continuité de la prise en charge.
Une première option serait de procéder à une vérification physique des bénéficiaires, notamment dans les zones où les combattants sont effectivement déployés. Un système d’identification biométrique pourrait permettre de limiter les doublons, les bénéficiaires fictifs et les paiements effectués au profit de personnes qui ne seraient plus présentes sur le terrain.
Une autre piste consisterait à mettre en place des équipes de vérification associant les structures compétentes de l’État, le commandement de la RAD et, si le cadre légal et opérationnel le permet, des spécialistes de l’identification électorale ou biométrique.
L’objectif serait alors de ne pas suspendre indistinctement les paiements, mais de vérifier les listes et de distinguer les bénéficiaires effectivement identifiés de ceux dont la situation demeure incertaine.
Une fois cette opération achevée, les autorités pourraient publier des données suffisamment détaillées sur le mécanisme de prise en charge, tout en protégeant les informations opérationnelles susceptibles de mettre en danger les combattants.
La transparence au cœur du débat
Le débat sur les primes des Wazalendo intervient alors que leur statut, leur encadrement et leur financement restent des sujets sensibles.
En avril 2025, Guy Kabombo avait annoncé à Uvira que les Wazalendo qui appuient les FARDC seraient placés sous le commandement exclusif du coordonnateur national de la Réserve armée de la défense, le général Padiri Bulenda. Cette orientation visait notamment à renforcer leur encadrement institutionnel.
Par ailleurs, des organisations de défense des droits humains ont également exprimé des préoccupations concernant le soutien apporté par l’État à certains groupes armés locaux, notamment au regard des accusations d’exactions portées contre certains d’entre eux. Amnesty International a notamment rappelé en 2026 que la question de l’encadrement et du soutien aux groupes intégrés à la RAD soulevait des enjeux importants en matière de droits humains.
Dès lors, le contrôle des fonds publics destinés aux Wazalendo apparaît comme une question à la fois financière, militaire et institutionnelle.
Entre lutte contre les bénéficiaires fictifs et maintien de la prise en charge
Le défi pour les autorités congolaises consiste désormais à trouver un mécanisme permettant de lutter contre d’éventuelles irrégularités sans pénaliser les combattants dont l’existence et l’engagement peuvent être établis.
Une vérification rigoureuse des listes, une identification physique ou biométrique, un système de paiement traçable et un contrôle régulier des effectifs pourraient contribuer à renforcer la transparence du dispositif.
La publication d’informations sur les montants effectivement débloqués, les mécanismes de paiement et le nombre de bénéficiaires vérifiés permettrait également de répondre aux interrogations déjà soulevées au Parlement et dans l’opinion publique.
Pour l’heure, la question centrale reste donc celle-ci : comment garantir que les millions de dollars mobilisés par l’État pour la prise en charge des Wazalendo arrivent réellement aux bénéficiaires autorisés, tout en empêchant les paiements irréguliers ?
La réponse à cette question devrait permettre de concilier deux impératifs : la protection des finances publiques et la continuité de la prise en charge des combattants effectivement engagés sur les différents fronts de l’Est de la RDC.
Ilunga Mubidi Oscar
