Avant son retour au premier plan politique à travers le Front pour la refondation de la nation (FRN), l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, aurait tenté une démarche discrète auprès du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo afin de trouver une issue à leur confrontation politique et judiciaire.
Selon des révélations attribuées au média spécialisé Africa Intelligence et relayées ce lundi 2 novembre 2026 par plusieurs médias en ligne, cette tentative de rapprochement serait passée par un émissaire de l’ancien chef de l’État, Jean Mbuyu Luyongola, avec la facilitation de Fortunat Biselele, surnommé « Bifort », ancien conseiller privé de Félix Tshisekedi.
D’après ces informations, Jean Mbuyu Luyongola aurait rencontré le chef de l’État congolais à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, au cours d’un entretien d’environ deux heures. Les échanges auraient principalement porté sur la condamnation à mort prononcée contre Joseph Kabila par la Haute Cour militaire, ainsi que sur les conditions politiques d’une éventuelle sortie de crise.
La condamnation à mort au centre des discussions
Le dossier judiciaire de Joseph Kabila constituait, selon ces informations, l’un des principaux sujets de cette démarche confidentielle.
Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire de Kinshasa avait condamné par contumace l’ancien président à la peine capitale, notamment pour trahison, crimes de guerre et participation à un mouvement insurrectionnel. La juridiction avait également ordonné son arrestation immédiate.
Cette procédure s’inscrivait dans un contexte de graves tensions sécuritaires dans l’Est de la RDC et d’accusations de soutien à la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda selon Kinshasa. Joseph Kabila, qui a rejeté les accusations portées contre lui, a dénoncé un procès qu’il considère comme politiquement motivé.
La condamnation de l’ancien président avait ainsi accentué la rupture entre celui qui a dirigé la RDC de 2001 à 2019 et son successeur, Félix Tshisekedi, avec lequel il avait pourtant partagé le pouvoir dans le cadre de la coalition FCC-CACH après l’alternance de 2019.
Tshisekedi aurait posé des conditions, Kabila aurait réclamé des garanties
Toujours selon les informations rapportées, Félix Tshisekedi se serait montré disposé à discuter de la question de la condamnation de son prédécesseur, mais à certaines conditions.
Le président congolais aurait notamment exigé que Joseph Kabila quitte la ville de Goma, qu’il dénonce publiquement le Rwanda et qu’il rompe ses liens avec les groupes rebelles engagés dans le conflit dans l’Est du pays.
En retour, l’ancien chef de l’État aurait demandé que les engagements des autorités congolaises soient formalisés par écrit, notamment pour obtenir des garanties sur l’issue de son dossier.
Ces exigences réciproques auraient constitué un obstacle majeur à la poursuite des échanges. Aucun accord n’aurait finalement été conclu et aucun document n’aurait été signé à l’issue de cette tentative de rapprochement.
À ce stade, les détails de ces tractations reposent sur les informations rapportées par les médias citant Africa Intelligence. Les positions attribuées aux deux personnalités doivent donc être comprises comme des éléments rapportés, et non comme des déclarations officielles directement confirmées par les intéressés.
De la tentative de rapprochement à l’avènement du FRN
L’échec présumé de cette démarche intervient dans une séquence politique particulièrement sensible.
Après plusieurs mois de tensions autour de son positionnement dans la crise sécuritaire congolaise, Joseph Kabila est réapparu sur le devant de la scène politique en prenant la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), annoncé à Goma le 12 octobre 2026.
Cette nouvelle structure, qui s’inscrit dans la recomposition des forces opposées au pouvoir de Kinshasa et dans la continuité politique revendiquée de l’AFC/M23, marque une nouvelle étape dans l’affrontement entre l’ancien président et les autorités congolaises.
La prise de responsabilité de Joseph Kabila au sein du FRN donne une autre dimension aux discussions confidentielles aujourd’hui rapportées. Elle soulève notamment la question de savoir si une éventuelle entente politique aurait pu modifier la trajectoire de la crise actuelle.
Toutefois, les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer que l’échec de cette médiation serait, à lui seul, la cause de son engagement à la tête du FRN. La chronologie des événements ne suffit pas à établir un lien direct de causalité.
Justice, dialogue et sortie de crise : un équilibre délicat
Cette affaire présumée relance le débat sur les limites du dialogue politique en République démocratique du Congo, dans un contexte où les rivalités institutionnelles se mêlent désormais à la confrontation armée.
La possibilité de négocier avec un ancien chef de l’État condamné à mort pose une question de fond : comment concilier la recherche d’une solution politique à la guerre avec les exigences de justice, de responsabilité et de respect de l’État de droit ?
Une éventuelle discussion politique ne saurait, à elle seule, annuler une décision judiciaire. De même, toute démarche visant à régler un contentieux politique devrait tenir compte des droits des victimes et des responsabilités liées aux violences commises dans les zones affectées par la guerre.
Le cas Joseph Kabila illustre également le défi de l’inclusivité dans les initiatives de dialogue national. Comment bâtir un processus susceptible de rassembler les acteurs congolais lorsque certains d’entre eux sont poursuivis ou condamnés par la justice, tandis que d’autres demeurent engagés dans des structures politico-militaires ?
Pour Kinshasa, la question sécuritaire et la défense de l’intégrité territoriale demeurent des enjeux centraux. Pour les partisans d’un dialogue plus large, l’absence de certains acteurs majeurs pourrait compliquer la recherche d’un règlement durable.
Au-delà des échanges attribués à Tshisekedi et à l’émissaire de Kabila, l’épisode met ainsi en lumière les difficultés d’une sortie de crise où les enjeux judiciaires, politiques et militaires sont désormais étroitement liés.
Reste à savoir si d’autres canaux de communication existent encore entre les deux camps, et si une éventuelle relance du dialogue pourra dépasser les conditions qui auraient fait échouer cette première tentative.
Ilunga Mubidi Oscar
