Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a lancé de nouvelles critiques contre son prédécesseur, Joseph Kabila Kabange, lors d’un échange avec la diaspora congolaise en Russie, le 30 octobre 2026.
Au cours de cette rencontre, le chef de l’État a évoqué la fortune de l’ancien président, leurs relations à l’époque de leur coalition, les responsabilités dans la crise sécuritaire dans l’Est du pays, ainsi que les accusations de dérive dictatoriale visant son régime.
Ces déclarations interviennent dans un contexte de fortes tensions politiques et militaires en RDC, marqué notamment par le conflit dans les provinces orientales et par le rôle désormais attribué à Joseph Kabila dans le Front pour la Refondation nationale (FRN).
Tshisekedi évoque une confidence attribuée à Joseph Kabila
Parmi les déclarations les plus remarquées du chef de l’État figure le récit d’une confidence que Joseph Kabila lui aurait faite à l’époque où les deux hommes évoluaient dans le cadre de leur coalition politique.
Selon Félix Tshisekedi, son prédécesseur lui aurait confié son aversion envers les Rwandais, en les accusant d’avoir tué son père, l’ancien président Laurent-Désiré Kabila.
« Joseph Kabila m’a dit : les Rwandais, je ne les aime pas, ils ont tué mon père (…) », a rapporté Félix Tshisekedi, selon les propos relayés à l’issue de cette rencontre.
En évoquant cet échange privé, le président congolais entend notamment mettre en lumière ce qu’il considère comme une contradiction entre les positions que Joseph Kabila aurait exprimées par le passé et la situation politique et sécuritaire actuelle.
Cette confidence reste toutefois un récit attribué à Félix Tshisekedi. En l’absence d’une confirmation indépendante ou d’une réaction de Joseph Kabila sur ces propos précis, elle ne peut être présentée comme un fait établi.
Joseph Kabila accusé d’être devenu « multimilliardaire »
Le président Félix Tshisekedi s’en est également pris à la situation financière de son prédécesseur, qu’il accuse de s’être considérablement enrichi au cours de son passage à la tête de la RDC.
« Aujourd’hui multimilliardaire, alors que nous savons comment il était arrivé », a déclaré le chef de l’État, dans une formule visant directement l’ancien président.
Cette sortie remet au centre du débat public la question de la gestion des ressources nationales, de l’enrichissement des dirigeants et de la redevabilité des responsables politiques.
Néanmoins, l’affirmation relative à la fortune de Joseph Kabila constitue une accusation formulée par Félix Tshisekedi. Les éléments disponibles dans les déclarations rapportées ne permettent pas, à eux seuls, d’établir le montant de cette fortune, son origine ou d’éventuelles irrégularités financières.
Le dossier des FDLR et les responsabilités dans la crise sécuritaire
Sur le plan sécuritaire, Félix Tshisekedi est revenu sur la question des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), régulièrement évoquée par Kigali pour justifier ses préoccupations sécuritaires à l’égard de la RDC.
Le président congolais a raconté avoir échangé avec un chef d’État africain qui aurait accepté d’accueillir les FDLR sur son territoire. Selon son récit, une intervention du président rwandais aurait ensuite empêché cette initiative.
D’après Félix Tshisekedi, le dirigeant rwandais aurait menacé son homologue et lui aurait signifié que son implication dans ce dossier serait considérée comme une prise de position dans le conflit.
Le chef de l’État congolais a également imputé à son prédécesseur une responsabilité dans l’affaiblissement du système national de sécurité et de défense.
« Concernant le prétexte des FDLR, le rôle de mon prédécesseur a été de détruire tout notre système de sécurité et de défense interne », a-t-il déclaré.
Cette accusation intervient alors que la crise entre Kinshasa et Kigali demeure au cœur des enjeux régionaux.
La question des FDLR constitue l’un des dossiers sensibles des négociations, notamment dans le cadre des engagements visant à répondre aux préoccupations sécuritaires du Rwanda, tout en mettant fin au soutien aux groupes armés et en rétablissant la souveraineté congolaise.
Les déclarations de Félix Tshisekedi sur les menaces qu’aurait proférées le président rwandais ainsi que sur l’intervention du chef d’État africain cité nécessitent cependant des éléments de corroboration supplémentaires.
Face aux accusations de dictature, Tshisekedi défend son bilan
Lors de cette même rencontre avec ses compatriotes vivant en Russie, Félix Tshisekedi a rejeté les accusations de dictature portées contre son pouvoir.
Le président congolais a notamment affirmé qu’aucun manifestant n’était mort lors d’une manifestation depuis son accession à la magistrature suprême.
Dans sa défense, il a renvoyé à Joseph Kabila la responsabilité des violences enregistrées sous son règne, évoquant notamment les morts de chrétiens dans des églises ainsi que les violences contre des adeptes du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo.
Cette confrontation autour du bilan des deux présidences replace au centre de l’actualité la question des libertés publiques, de la répression des manifestations et de la responsabilité des autorités dans la protection des citoyens.
L’affirmation de Félix Tshisekedi concernant l’absence de décès lors des manifestations sous son mandat doit toutefois être distinguée d’un bilan indépendant et exhaustif. Sa vérification exige de recouper les différents épisodes de manifestations, les rapports des organisations de défense des droits humains et les éventuels bilans officiels.
Une rivalité politique sur fond de guerre dans l’Est
Ces nouvelles déclarations illustrent la dégradation des relations entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, autrefois réunis dans une coalition politique avant leur rupture.
La rivalité entre les deux personnalités dépasse désormais le cadre des divergences institutionnelles et se retrouve étroitement liée aux enjeux de sécurité nationale, aux accusations de trahison et aux débats sur la gouvernance.
L’ancien président est aujourd’hui associé au Front pour la Refondation nationale (FRN), dans un contexte où le conflit armé dans l’Est de la RDC continue d’alimenter les tensions politiques et diplomatiques.
Sur le terrain, les populations du Nord-Kivu et d’autres zones affectées par les affrontements restent confrontées aux déplacements, à l’insécurité et aux conséquences humanitaires des hostilités.
Parallèlement, Kinshasa continue de défendre les processus diplomatiques de Washington et de Doha, tout en cherchant à diversifier ses partenariats internationaux.
Le déplacement de Félix Tshisekedi à Moscou s’inscrit également dans cette stratégie diplomatique. Le président congolais a sollicité l’appui de la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, en faveur de la paix dans l’Est de la RDC et de la mise en œuvre des résolutions internationales.
Dans ce climat, les déclarations prononcées devant la diaspora congolaise témoignent d’une bataille politique qui se poursuit entre le pouvoir en place et son prédécesseur, alors que la recherche d’une paix durable demeure une préoccupation majeure pour le pays.
Ilunga Mubidi Oscar
