3 octobre 2024 – 3 octobre 2026. Deux ans jour pour jour après le naufrage du bateau MV Merdi sur le lac Kivu, le souvenir de cette tragédie reste profondément ancré dans les mémoires à Goma, à Minova et dans plusieurs familles du Nord- et du Sud-Kivu.
Ce jeudi là 3 octobre 2024, une traversée ordinaire entre Minova, dans le territoire de Kalehe au Sud-Kivu, et Goma, dans le Nord-Kivu, s’est transformée en l’un des drames maritimes les plus marquants de ces dernières années dans la région.
Le MV Merdi, également appelé « Merveille de Dieu », avait quitté Minova dans la matinée avec à son bord des passagers et d’importantes quantités de marchandises et de produits vivriers destinés notamment au marché de Kituku, à Goma. L’embarcation approchait de sa destination lorsqu’elle a chaviré sur les eaux du lac Kivu.
Selon le bilan communiqué le jour même par le gouvernement provincial du Nord-Kivu, le bateau avait sombré vers 11 heures, à environ 700 mètres du quai du port de Kituku, dans le quartier Kyeshero à Goma. À ce moment-là, les autorités faisaient état de 23 morts et de 58 survivants pris en charge dans différentes structures sanitaires de la ville.
Mais au fil des heures et des jours, le bilan s’est alourdi.
Le 5 octobre 2024, Radio Okapi rapportait que le nombre de morts était passé à 34, tandis que celui des rescapés atteignait 80. De nombreuses personnes restaient cependant portées disparues, rendant impossible l’établissement immédiat d’un bilan définitif.
Une tragédie aux circonstances encore discutées
Les circonstances exactes du naufrage ont, dès les premières heures, suscité de nombreuses interrogations.
Des témoins et des agents des services lacustres évoquaient notamment des vagues violentes au moment où le bateau s’approchait du port. Certains rescapés ont également parlé d’une surcharge et de problèmes techniques. Le gouvernement provincial du Nord-Kivu avait alors annoncé la mise en place d’une commission d’enquête destinée à déterminer les causes du drame et les éventuelles responsabilités.
D’autres informations relayées dans les jours suivants ont également fait état de conditions de navigation jugées préoccupantes, notamment l’absence ou l’insuffisance d’équipements de sécurité.
Une opération de secours difficile
Dès le naufrage, des militaires congolais, des éléments de la force de la SADC, des pêcheurs locaux et différents services de secours ont participé aux opérations de recherche et de récupération des victimes.
Le lendemain du drame, des hôpitaux de Goma accueillaient déjà des survivants et des corps. À l’hôpital provincial du Nord-Kivu, 20 corps étaient notamment conservés selon un reportage de Radio Okapi, tandis que l’hôpital de Kyeshero avait pris en charge plusieurs dizaines de rescapés, dont de nombreuses femmes.
Les recherches se sont poursuivies pendant plusieurs jours dans des conditions particulièrement difficiles.
Le 6 octobre 2024, l’épave du MV Merdi a finalement été localisée à environ 200 mètres de profondeur dans le lac Kivu par une équipe comprenant des plongeurs locaux, la force navale et des éléments de la SADC. À cette date, le bilan officiel provisoire était de 34 morts et 80 rescapés, mais le nombre de disparus demeurait inconnu.
Le problème du nombre de passagers
L’une des principales difficultés dans l’établissement du bilan définitif résidait dans l’absence d’un manifeste fiable permettant de connaître avec précision le nombre de personnes qui se trouvaient réellement à bord du bateau.
Cette situation a alimenté une importante controverse autour du nombre réel de victimes.
Alors que le gouvernement provincial avait retenu 34 morts et 80 rescapés, des organisations de la société civile et des représentants des familles ont avancé des chiffres beaucoup plus importants concernant les personnes disparues.
Le 6 octobre 2024, les coordinations de la société civile de Minova et de Mupfuni Shanga, dans le territoire de Masisi, déclaraient avoir identifié 163 personnes portées disparues sur la base des témoignages recueillis auprès des familles.
Quelques jours plus tard, la Société civile de Buzi, dans le territoire de Kalehe, avançait même le chiffre de 623 personnes déclarées disparues. Ce chiffre n’a toutefois pas été confirmé par le bilan officiel et illustre surtout l’ampleur de la confusion et de l’angoisse qui régnaient alors parmi les familles.
Ainsi, deux ans après le drame, il convient de distinguer clairement le bilan officiel des estimations avancées par certaines structures locales. Affirmer que « des centaines de Congolais sont morts » comme un fait définitivement établi serait donc imprécis au regard des chiffres officiels disponibles.
Des familles toujours marquées par la disparition de leurs proches
Au-delà des chiffres, le naufrage du MV Merdi a surtout laissé derrière lui des familles confrontées à une douloureuse incertitude.
Certaines ont pu enterrer leurs proches après la récupération et l’identification des corps. D’autres n’ont jamais retrouvé les dépouilles de membres de leurs familles.
Un an après la catastrophe, en octobre 2025, plusieurs familles témoignaient encore de cette douleur. Actualité.cd rapportait notamment le cas de proches dont les corps n’avaient toujours pas été retrouvés et qui continuaient à vivre avec le poids de l’incertitude.
À Minova comme à Goma, des cérémonies de recueillement ont été organisées pour rendre hommage aux victimes. Ces commémorations ont également permis aux familles de réclamer des réponses sur les circonstances du naufrage et sur le sort des personnes toujours considérées comme disparues.
Deux ans après, des questions toujours sans réponses
Le naufrage du MV Merdi avait provoqué de nombreuses promesses de la part des autorités : renforcement du contrôle des embarcations, lutte contre les surcharges, amélioration de la sécurité des passagers, assistance aux familles endeuillées et recherche des corps restés dans l’épave.
En octobre 2025, soit un an après le drame, Radio Okapi rapportait que les familles réclamaient toujours des éclaircissements sur le nombre exact de disparus et sur l’avancement de l’enquête annoncée après le naufrage. Elles demandaient également des mesures durables pour sécuriser le transport sur le lac Kivu.
Des médias ont également rapporté que la promesse de mobiliser des plongeurs spécialisés pour récupérer les corps restés dans l’épave n’avait pas été concrétisée au moment du premier anniversaire du drame.
Le lac Kivu, une voie devenue indispensable
Le drame du MV Merdi s’inscrivait dans un contexte particulier.
La dégradation de la situation sécuritaire sur les axes routiers reliant certaines zones du Sud-Kivu à Goma avait considérablement accru la dépendance de la population au transport lacustre. La fermeture ou l’insécurité sur certains tronçons routiers poussait notamment des commerçants et des habitants à emprunter le lac Kivu pour rejoindre Goma.
Pour de nombreuses familles de Minova, Kalehe, Buzi, Idjwi et des environs, le lac représente en effet une voie essentielle pour le déplacement des personnes et l’acheminement des produits agricoles vers les marchés de Goma.
Mais cette dépendance rend également les questions de sécurité particulièrement importantes : état des embarcations, contrôle technique, capacité maximale, port des gilets de sauvetage, qualification des conducteurs, présence de moyens de secours et tenue des registres de passagers.
Un anniversaire placé sous le signe du souvenir
Deux ans après le naufrage, le MV Merdi reste donc plus qu’un simple nom dans les archives d’un accident maritime.
Pour les familles qui ont perdu un parent, un enfant, un conjoint ou un proche, le 3 octobre demeure une date douloureuse.
Pour les survivants, il rappelle quelques minutes de panique au milieu des eaux du lac Kivu.
Pour les habitants de Goma et de Minova, il symbolise également la vulnérabilité des populations qui dépendent quotidiennement du transport lacustre.
Et pour les autorités, le drame pose toujours la question de la sécurité des milliers de personnes qui empruntent chaque jour les eaux du lac Kivu.
Deux ans après, le souvenir du MV Merdi demeure ainsi associé à trois grandes attentes : connaître avec davantage de précision le sort des personnes disparues, établir les responsabilités à travers les procédures prévues et renforcer durablement la sécurité sur le lac Kivu afin qu’une telle tragédie ne se reproduise plus.
Le lac Kivu a englouti le MV Merdi en quelques instants. Mais pour de nombreuses familles, le naufrage, lui, n’est jamais véritablement terminé.
Muller Mundeke Kalonji à Beni
