URGENT-RDC : Félix Tshisekedi se prononce enfin sur la participation ou non du FRN-M23 de Kabila au dialogue national  

Le président congolais exige la rupture avec Kigali et conditionne la participation au dialogue à la dénonciation de toute collaboration avec le Rwanda.

Une position qui ravive les divergences avec l’AFC/M23, devenu Front pour la Refondation de la Nation (FRN), dont la participation à ces assises reste au cœur des tensions politiques.

Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a réitéré son opposition à la participation des acteurs qu’il accuse d’agir au service du Rwanda au dialogue national en gestation. Devant la diaspora congolaise vivant à Moscou, en Russie, vendredi 30 octobre 2026, le chef de l’État a affirmé que les préparatifs de ces assises avancent, annonçant comme imminente la mise en place des instances chargées de leur organisation.

Cette nouvelle sortie présidentielle intervient dans un contexte marqué par de profondes divergences sur le format, les participants et les objectifs du dialogue national, présenté par Kinshasa comme un cadre destiné à favoriser la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État.

« Le processus avance, c’est pour bientôt la mise en place du Comité d’organisation. On connaîtra ses membres et les démarches seront lancées », a déclaré Félix Tshisekedi, en marge de sa participation au troisième Sommet Russie-Afrique.

Le chef de l’État a toutefois insisté sur une condition qu’il considère comme essentielle pour prendre part à ces échanges : l’absence de liens avec le Rwanda, pays que Kinshasa accuse de soutenir la rébellion dans l’Est de la RDC.

« Ce dialogue national : prendront part à ce dialogue seulement ceux qui n’ont rien à voir avec le Rwanda. Si tu sais que tu es au service du Rwanda et que tu veux participer au dialogue, dénonce ton passé », a-t-il déclaré.

Pour Félix Tshisekedi, toute participation devra s’inscrire dans une démarche de rupture avec les pratiques qu’il qualifie de collaboration avec des intérêts étrangers, afin de permettre aux Congolais de réfléchir ensemble à l’avenir de leur pays.

FRN-M23 de Joseph Kabila : une participation toujours compromise

Bien que le président n’ait pas explicitement cité Joseph Kabila dans cette déclaration sur les conditions d’admission, ses propos concernent directement le débat sur la place à réserver aux acteurs issus de l’AFC/M23 et au Front pour la Refondation de la Nation (FRN), présenté comme le mouvement qui succède à l’AFC/M23 et dirigé par l’ancien président Joseph Kabila.

Le chef de l’État a une nouvelle fois rejeté toute perspective de dialogue politique avec ceux qu’il considère comme des supplétifs du Rwanda.

« On ne va pas faire le dialogue avec les supplétifs des Rwandais », a-t-il affirmé, estimant que leur présence aux assises risquerait de détourner les discussions des véritables préoccupations nationales au profit d’intérêts qu’il attribue à Kigali.

Félix Tshisekedi a notamment évoqué des revendications qu’il prête aux acteurs de la rébellion, concernant notamment la reconnaissance du kinyarwanda comme cinquième langue nationale et une éventuelle gestion commune de la ville de Goma.

Ces allégations ont été avancées par le président au cours de son intervention. Elles ne doivent pas être considérées comme des revendications officiellement établies du FRN ou de l’AFC/M23 sans confirmation indépendante.

Le président congolais a également relié cette question aux débats autour de la Constitution, affirmant que certaines dispositions pourraient, selon lui, ouvrir la voie à des atteintes à la souveraineté nationale.

Quelle est la position du M23 sur le dialogue national de Tshisekedi ?

La position du mouvement rebelle constitue l’un des principaux points de blocage de cette initiative.

Selon Actualite.cd, dans un article publié le 28 août 2026 consacré à l’exclusion de l’AFC/M23 du dialogue national, la rébellion avait rejeté la perspective d’un dialogue avec le pouvoir de Kinshasa dans le cadre de ces nouvelles assises.

Corneille Nangaa, alors coordonnateur de l’AFC/M23, estimait que la crise congolaise ne pouvait pas être résolue par de nouveaux compromis politiques.

Il avait notamment défendu une approche axée sur l’action et la refondation de l’État, rejetant ce qu’il qualifiait de « compromis hypocrites ».

Cette position traduit un désaccord de fond : alors que Kinshasa veut organiser un dialogue national encadré par les institutions de la République et assorti de conditions politiques précises, l’AFC/M23 conteste la pertinence de nouveaux arrangements politiques pour résoudre la crise.

Le mouvement avait également été renvoyé par Félix Tshisekedi au processus de Doha, destiné aux discussions entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.

Il convient cependant de distinguer cette position antérieure de toute éventuelle réaction récente du FRN, désormais dirigé par Joseph Kabila. À ce stade, aucune nouvelle déclaration spécifique du FRN répondant directement aux propos tenus par Félix Tshisekedi à Moscou n’est établie dans les éléments consultés.

La question demeure donc entière : le FRN maintiendra-t-il la ligne défendue par l’AFC/M23 ou formulera-t-il de nouvelles conditions pour une éventuelle participation à un dialogue politique national ?

Doha et dialogue national : deux processus distincts

En août dernier, lors du lancement officiel du « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », Félix Tshisekedi avait déjà clairement exclu les groupes armés de ces assises en tant que composantes politiques, particulièrement ceux qui combattent l’ordre constitutionnel, occupent des territoires par la force ou agissent, selon Kinshasa, au service d’une puissance étrangère.

« Aucune conquête militaire ne pourra être convertie en légitimité politique », avait-il soutenu.

Selon les précisions rapportées par Radio Okapi et Actualite.cd, le président avait également réaffirmé que le processus de Doha demeure le cadre approprié pour traiter avec l’AFC/M23 des questions relatives à la cessation des hostilités, au désengagement, au cantonnement et au désarmement.

Le dialogue national, lui, doit concerner un éventail plus large d’acteurs politiques et sociaux, notamment la majorité présidentielle, l’opposition, les confessions religieuses, la société civile, les autorités coutumières ainsi que les représentants de différentes catégories socioprofessionnelles.

Le processus doit débuter par des consultations dans les 26 provinces avant la tenue d’assises nationales à Kinshasa, pour une durée maximale annoncée de trois mois.

Le président a aussi indiqué qu’une voie de réintégration au sein de la communauté nationale restera ouverte, à titre individuel, aux membres de groupes armés qui renonceront sincèrement et de manière vérifiable à la lutte armée et condamneront sans équivoque l’agression dénoncée par Kinshasa.

Tshisekedi privilégie la réconciliation, mais refuse l’impunité

Au-delà de la participation des acteurs armés, Félix Tshisekedi a tenu à préciser que le dialogue national ne doit pas être assimilé à un mécanisme de partage des responsabilités au sein des institutions.

Le chef de l’État insiste plutôt sur la nécessité d’une réconciliation nationale fondée sur la justice, afin d’éviter que les violences et les rébellions ne se reproduisent.

« Moi, je veux la paix pour mon pays, pour mon peuple, mais cette fois-ci, ça ne se fera pas sans la justice », a-t-il déclaré.

Il a averti que ceux qui ont fait couler le sang des Congolais ne pourront pas simplement abandonner les armes, participer aux discussions et obtenir ensuite des postes de responsabilité sans répondre de leurs actes.

Cette orientation rejoint la ligne défendue par la Présidence lors du lancement du dialogue, avec le rejet d’une amnistie générale pour les crimes graves, notamment les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les violences sexuelles graves.

Toutefois, la question de la justice transitionnelle, des poursuites judiciaires, des garanties de sécurité et des mécanismes de réconciliation demeure déterminante pour la crédibilité du processus.

Une initiative confrontée aux divergences politiques et sécuritaires

L’annonce du dialogue national intervient dans un climat de fortes tensions entre le pouvoir et une partie de l’opposition, notamment autour des modalités d’organisation des assises et de la participation des personnalités politiques actuellement en rupture avec Kinshasa.

Certains opposants défendent un dialogue sans exclusion, tandis que d’autres réclament des garanties concernant la facilitation, le lieu des discussions, la représentation des différentes forces politiques et les conditions de mise en œuvre des conclusions.

La famille politique de Joseph Kabila et les acteurs qui gravitent autour du FRN constituent, à cet égard, un enjeu majeur des tractations.

Parallèlement, les initiatives diplomatiques de Washington et de Doha restent confrontées à des difficultés, alors que les affrontements continuent dans l’Est du pays entre les forces gouvernementales congolaises, leurs alliés wazalendo et les combattants de l’AFC/M23, que Kinshasa accuse de bénéficier du soutien du Rwanda.

Les autorités congolaises ont, de leur côté, réaffirmé leur attachement aux processus diplomatiques en cours et appelé à l’application des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies relatives à la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC.

À Moscou, Félix Tshisekedi a ainsi maintenu une ligne politique ferme : la paix est recherchée, mais elle ne doit pas, selon lui, consacrer la légitimité des armes ni se construire au détriment de la justice et de la souveraineté nationale.

Reste à savoir si cette approche permettra de réunir suffisamment d’acteurs autour d’un processus véritablement consensuel, dans un pays où les divergences politiques et les conflits armés continuent de fragiliser durablement la cohésion nationale.

Muller Mundeke Kalonji

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