La création du Front pour la refondation de la nation (FRN), dirigé par l’ancien président congolais Joseph Kabila, place l’opposition congolaise devant un nouveau défi politique.
Les cinq principales figures de la Coalition Article 64 (C64), Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Augustin Matata Ponyo, sont attendues à Bruxelles, en Belgique, du 22 au 26 octobre 2026, sauf changement de calendrier, pour harmoniser leurs positions face aux récents développements politiques et sécuritaires en République démocratique du Congo (RDC).
Cette rencontre, qui devrait réunir physiquement les principaux dirigeants de la plateforme pour la première fois depuis son lancement, intervient dans un contexte marqué par des tensions politiques croissantes, la persistance des conflits armés dans l’Est du pays et les interrogations suscitées par la nouvelle orientation politico-militaire de Joseph Kabila.
Le FRN au centre des discussions
L’un des principaux enjeux de ces assises sera de déterminer la position officielle de la C64 face au FRN, annoncé le 12 octobre 2026 à Goma, au Nord-Kivu, sous la direction de l’ancien chef de l’État Joseph Kabila.
Cette nouvelle structure politico-militaire est présentée comme regroupant des composantes issues de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et du mouvement rebelle M23. Son apparition intervient alors que les initiatives diplomatiques visant à mettre fin aux violences dans l’Est de la RDC se poursuivent, notamment dans le cadre des discussions de paix menées sous médiation du Qatar.
La décision de Joseph Kabila de prendre la tête de ce mouvement soulève ainsi des interrogations sur les perspectives de résolution de la crise sécuritaire et sur les rapports entre les différentes forces politiques congolaises.
Pour la C64, la question est particulièrement sensible. Plusieurs de ses dirigeants ont défendu la nécessité d’un dialogue politique national inclusif, auquel l’ancien président devrait également prendre part. La nouvelle orientation de Joseph Kabila oblige désormais cette coalition à préciser les limites de sa démarche politique et sa position face au recours à la lutte armée.
Des divergences au sein de l’opposition ?
Au-delà de la situation sécuritaire, la réunion de Bruxelles pourrait également permettre aux dirigeants de la C64 d’examiner les divergences apparues autour de la conduite à tenir face au FRN.
Selon des informations publiées par certains médias congolais, des différences d’approche existeraient entre les cinq leaders, notamment sur la manière de réagir à l’initiative de Joseph Kabila. Martin Fayulu est notamment présenté comme défendant une ligne opposée à la conquête du pouvoir par les armes, tandis que les positions des autres responsables font l’objet de débats dans l’espace politique congolais.
Toutefois, ces informations doivent être considérées avec prudence. Dans un communiqué publié le 15 octobre, le secrétariat technique et opérationnel de la C64 a contesté les informations faisant état d’un débat déjà engagé au sein de ses instances dirigeantes sur une éventuelle sortie du FRN. La coalition a ainsi indiqué que cette question n’avait pas encore été inscrite à l’ordre du jour de ses instances compétentes, selon les informations rapportées par Enquete.cd le 20 octobre.
La rencontre annoncée à Bruxelles pourrait donc constituer une occasion pour les cinq dirigeants de confronter leurs analyses et de rechercher une position commune, sans préjuger des conclusions de leurs échanges.
Patrick Muyaya réclame des clarifications
La pression politique s’accentue également du côté du gouvernement congolais.
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a appelé les responsables de la C64 à clarifier leur position après la création du FRN. Cette interpellation intervient notamment parce que plusieurs figures de l’opposition avaient plaidé pour la participation de Joseph Kabila à un éventuel dialogue national inclusif.
Dans une intervention relayée le 18 octobre sur les réseaux sociaux, Patrick Muyaya a estimé que les responsables ayant soutenu la participation de l’ancien président à ce dialogue devaient désormais se prononcer sur sa nouvelle orientation.
Cette demande a suscité une réaction dans les rangs de l’opposition. Le 19 octobre, Prince Epenge, porte-parole de la plateforme Lamuka et membre de la C64, a répondu à cette interpellation en invitant également le gouvernement à clarifier sa propre position sur le dialogue national inclusif.
Cette controverse illustre les tensions entourant la perspective d’un dialogue politique en RDC, alors que les acteurs politiques ne s’accordent ni sur ses modalités ni sur les conditions de participation des différentes parties.
La question constitutionnelle toujours au cœur des préoccupations
Les discussions prévues à Bruxelles ne devraient pas se limiter à la création du FRN. Les dirigeants de la C64 doivent également examiner les principaux enjeux institutionnels, notamment le débat sur une éventuelle révision de la Constitution.
Le 28 août 2026, la coalition avait rejeté les consultations populaires initiées par le président Félix Tshisekedi, estimant qu’elles ne devaient pas se substituer au dialogue national inclusif annoncé. Elle avait également exprimé son opposition à toute modification de la Constitution susceptible, selon elle, de remettre en cause les équilibres institutionnels et les échéances politiques prévues.
La question constitutionnelle demeure ainsi un axe important de la mobilisation de cette plateforme, qui cherche à coordonner les actions de ses différentes composantes face aux initiatives du pouvoir de Kinshasa.
La réunion annoncée pourrait permettre aux cinq dirigeants de réévaluer leur stratégie politique et de définir les prochaines étapes de leur action commune.
Une déclaration commune très attendue
Alors que la situation sécuritaire demeure préoccupante dans l’Est du pays et que les tensions politiques persistent à Kinshasa, les conclusions de la rencontre de Bruxelles sont particulièrement attendues.
Les discussions devraient permettre à la C64 de préciser sa position sur le FRN, de réaffirmer ou d’ajuster ses revendications relatives au dialogue national inclusif et de déterminer la conduite à tenir face aux questions institutionnelles.
Pour l’heure, aucune déclaration finale issue de ces assises n’est encore disponible. La portée réelle de cette rencontre dépendra donc des décisions que les cinq dirigeants prendront et de leur capacité à présenter une ligne politique commune.
Au-delà de la question Joseph Kabila, ce rendez-vous constitue un test pour la cohésion de la C64, qui devra concilier les sensibilités de ses différentes composantes dans un environnement politique et sécuritaire particulièrement complexe.
La position officielle de la coalition, une fois rendue publique, permettra de mieux comprendre les orientations qu’elle entend défendre dans les prochaines semaines.
Ilunga Mubidi Oscar
