Le processus de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda marque le pas.
Alors que les accords de Washington et de Doha étaient censés ouvrir une nouvelle ère de désescalade dans l’Est congolais, leur mise en œuvre connaît un ralentissement préoccupant, selon un rapport publié par le Baromètre des Accords de Paix en Afrique.
Un processus de paix en panne fin 2025
Dans son évaluation couvrant la période du 1er au 31 décembre 2025, rendue publique le lundi 5 janvier 2026, le Baromètre révèle une stagnation totale du niveau d’exécution de l’Accord de paix de Washington, signé le 27 juin 2025 entre Kinshasa et Kigali.
Après une progression graduelle — 9 % fin juillet, 19 % fin août, 21,6 % fin octobre et 23,3 % fin novembre — aucune avancée n’a été enregistrée en décembre 2025, traduisant un net essoufflement du processus.
Le score des engagements partiellement exécutés est également resté inchangé, confirmant, selon l’organisation, les limites du respect effectif des engagements pris par les parties signataires.
Un avertissement aux parties et aux médiateurs
Pour le Baromètre, cette stagnation constitue un signal d’alarme. Elle appelle à une implication plus soutenue des médiateurs et partenaires internationaux afin de :
- renforcer la bonne foi des acteurs ;
- améliorer la qualité de la mise en œuvre ;
- préserver des acquis encore fragiles sur le terrain.
Transparence exigée dans les mécanismes de suivi
Face aux zones d’ombre persistantes, le Baromètre recommande au Comité de surveillance conjointe (JOC) et au Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité (JSCM) de publier des rapports plus détaillés et exhaustifs.
Ces rapports devraient documenter :
- les violations constatées ;
- les retards et cas de non-exécution ;
- les mesures correctives envisagées.
Une telle transparence permettrait, selon l’organisation, de restaurer la confiance du public, aujourd’hui érodée par des communiqués conjoints jugés trop laconiques.
Vers une synergie entre Washington et Doha
Dans une recommandation stratégique majeure, le Baromètre appelle les États-Unis, le Qatar et le médiateur de l’Union africaine à élaborer un mémorandum d’entente visant à garantir la complémentarité et la non-exclusivité des processus de Washington et de Doha.
Cet instrument permettrait :
- d’intégrer formellement l’AFC/M23 dans le cadre de l’Accord de Washington ;
- d’engager le Rwanda dans le processus de Doha ;
- d’assurer une meilleure cohérence diplomatique entre les deux initiatives.
Recommandations ciblées aux facilitateurs
Aux États-Unis
Le Baromètre recommande notamment de :
- maintenir la pression diplomatique sur Kinshasa et Kigali concernant la neutralisation des FDLR et la levée des mesures défensives rwandaises ;
- encourager le Rwanda à offrir des garanties sécuritaires et judiciaires aux combattants FDLR pour faciliter leur rapatriement volontaire ;
- renforcer l’appui technique et logistique au JSCM et au JOC ;
- garantir à la MONUSCO les ressources nécessaires à son mandat renforcé, notamment pour la protection des civils et le suivi du cessez-le-feu ;
- poursuivre le soutien actif à la médiation qatarie entre Kinshasa et l’AFC/M23.
Au Qatar
Il est recommandé de :
- continuer à promouvoir la complémentarité entre les processus de Doha et de Washington ;
- soutenir le mécanisme conjoint de vérification convenu le 14 octobre 2025 entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.
À l’Union africaine
Le médiateur continental est invité à :
- harmoniser les processus de paix dans la région des Grands Lacs ;
- inscrire la question d’un mémorandum d’entente à l’ordre du jour de la réunion de haut niveau prévue en janvier 2026 au Togo ;
- plaider pour un financement autonome et durable du mécanisme continental de suivi.
Une situation sécuritaire toujours explosive à l’Est
Malgré l’implication directe du président américain Donald Trump et l’entérinement des accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la situation sécuritaire demeure préoccupante.
Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement de violations, alimentant une méfiance persistante. Parallèlement, les négociations de Doha, conduites sous l’égide de l’Émir du Qatar, sont au ralenti. Plusieurs engagements déjà actés — notamment le mécanisme de cessez-le-feu, la déclaration de principes et l’accord-cadre — restent lettre morte.
Cette inertie diplomatique a favorisé la reprise de violents affrontements dans l’Est de la RDC, tandis que le dialogue national, réclamé par de nombreux acteurs sociopolitiques, tarde à voir le jour. Le président Félix Tshisekedi maintient que toute initiative en ce sens doit émaner exclusivement de son autorité, malgré la publication récente de la feuille de route des confessions religieuses.
Muller Mundeke
