Le gouvernement congolais a durci son dispositif de lutte contre l’exploitation illicite des minerais dans les zones sous influence de l’AFC/M23. Dans une nouvelle décision rendue publique cette semaine, Kinshasa prolonge de six mois le classement en « zone rouge » de plusieurs gisements situés dans les territoires de Masisi (Nord-Kivu) et de Kalehe (Sud-Kivu).
Cette mesure interdit formellement toute activité minière dans ces périmètres et exclut les minerais qui en seraient issus des circuits officiels du commerce international.
36 sites désormais interdits d’exploitation
Selon les autorités congolaises, 36 sites miniers essentiellement des gisements stratégiques de coltan, cassitérite et wolframite se trouvent actuellement dans des zones échappant au contrôle de l’État et sous influence directe ou indirecte des rebelles de l’AFC/M23.
Kinshasa affirme que ces minerais alimentent des réseaux de contrebande transfrontalière, contribuant à financer la poursuite de la guerre dans l’Est.
Le gouvernement pointe également la responsabilité du Rwanda et de « forces négatives » régionales, qu’il accuse de participer à l’exploitation et au trafic illicite de ces ressources. Kigali rejette depuis toujours ces allégations, parlant d’accusations « infondées ».
Une plainte formelle déposée à la CIRGL
Face à la persistance du pillage des ressources naturelles, la République démocratique du Congo a saisi officiellement la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL).
Kinshasa accuse explicitement Kigali d’être impliqué dans la contrebande de minerais congolais et déclare que la CIRGL a mis en place une commission d’enquête ad hoc chargée d’examiner cette plainte.
Lors de son dernier sommet tenu il y a trois jours à Kinshasa, la CIRGL a exhorté les États membres à renforcer la diligence raisonnable dans le commerce des minerais, un principe qui impose à tout opérateur de vérifier rigoureusement la provenance des produits miniers.
Traçabilité des minerais : Washington entre dans la danse
La question de la traçabilité demeure également au cœur du cadre d’intégration économique signé le 7 novembre à Washington entre Kinshasa et Kigali.
Ce mécanisme est censé offrir un espace de dialogue bilatéral pour résoudre les différends commerciaux et sécuritaires autour des minerais stratégiques.
Mais jusqu’ici, cet outil reste théorique : aucun progrès concret n’a été enregistré dans sa mise en œuvre.
Pour autant, Kinshasa entend s’appuyer sur ses partenaires internationaux pour contraindre les réseaux transfrontaliers. Les États-Unis, particulièrement impliqués dans la lutte contre le commerce illégal des minerais stratégiques, sont appelés à maintenir une pression accrue sur les circuits d’exportation provenant de l’est de la RDC.
Un bras de fer économique et diplomatique qui s’intensifie
En prolongeant la classification en « zone rouge » de ces 36 sites miniers, le gouvernement congolais envoie un signal fort : il refuse que ses ressources naturelles continuent d’alimenter la guerre.
Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large visant à contrôler les chaînes d’approvisionnement, assécher les sources de financement des groupes armés et renforcer la souveraineté économique de l’État dans un contexte de conflit prolongé.
Alors que les combats se poursuivent dans le Nord-Kivu, la bataille autour de la traçabilité des minerais devient l’un des fronts les plus déterminants pour l’avenir de la région.
Muller Mundeke Kalonji
