La récente annonce du président Félix-Antoine Tshisekedi concernant la réouverture imminente de l’aéroport international de Goma continue de susciter des réactions contrastées au Nord-Kivu.
Ce dimanche 16 novembre, la rébellion de l’AFC-M23, qui contrôle depuis plusieurs mois la ville de Goma ainsi que de larges portions des provinces du Nord et du Sud-Kivu, a exprimé son opposition catégorique à cette initiative venue de Kinshasa.
Une réaction cinglante de l’AFC-M23
Dans un communiqué signé par Lawrence Kanyuka, responsable de la communication de ce mouvement, l’AFC-M23 qualifie la décision du gouvernement congolais d’« illusoire » et de « récusable ».
Le groupe armé estime que Kinshasa n’a plus aucune légitimité pour planifier la réouverture d’une infrastructure située, selon lui, « en territoire libéré ».
« La décision illusoire de M. Tshisekedi Tshilombo, actée en Conseil des ministres, de planifier la réouverture de l’aéroport de Goma à partir de Kinshasa est récusable et inacceptable. Le régime de Kinshasa n’a ni la légitimité, ni le droit d’envisager la remise en service des infrastructures aéroportuaires situées en territoire libéré qu’il avait délibérément pillées et sabotées. L’aéroport pourra et sera rouvert uniquement par l’AFC/M23, et non par Monsieur Tshisekedi Tshilombo ni par quiconque d’autre », déclare le communiqué.
Cette sortie musclée intervient alors que Kinshasa tente de relancer des opérations aériennes jugées cruciales pour des raisons humanitaires, sécuritaires et logistiques, dans un contexte où la population locale fait face à un isolement croissant.
La décision de Kinshasa : un impératif sécuritaire et humanitaire
Lors du 67ᵉ Conseil des ministres tenu le vendredi 14 novembre à Kinshasa, le chef de l’État a chargé trois vice-Premiers ministres ceux de l’Intérieur, de la Défense et des Transports de travailler en synergie pour préparer un retour progressif à la normale à l’aéroport de Goma.
D’après le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, cette mesure s’inscrit dans une logique de rétablissement du trafic aérien pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire et permettre une meilleure évacuation des populations vulnérables dans cette zone marquée par une crise sécuritaire aiguë.
Un aéroport stratégique, au centre des tensions
L’aéroport de Goma constitue un nœud stratégique majeur dans la région des Grands Lacs. Sa fermeture prolongée, consécutive à l’avancée militaire de l’AFC-M23 depuis fin janvier, a eu de lourdes conséquences sur la mobilité des habitants, les opérations humanitaires et les activités économiques.
Depuis l’effondrement des lignes de front en début d’année, l’AFC-M23 contrôle non seulement Goma, mais aussi Bukavu et plusieurs localités clés des territoires de Masisi, Rutshuru, Nyiragongo et une partie du Sud-Kivu.
Cette occupation a profondément modifié l’équilibre des rapports de force avec Kinshasa, rendant chaque décision relative au fonctionnement des infrastructures publiques hautement sensible.
Une nouvelle friction qui complique davantage les négociations
Cette controverse intervient en pleine phase de discussions fragiles entre la rébellion et le gouvernement congolais, dans le cadre du processus initié à Doha. L’opposition ferme exprimée par l’AFC-M23 pourrait durcir davantage les positions et compromettre les avancées recherchées.
La réouverture de l’aéroport, initialement envisagée comme un geste humanitaire et sécuritaire, risque ainsi de devenir un nouveau point de tension dans un conflit déjà complexe, mêlant enjeux militaires, diplomatiques et territoriaux.
Muller Mundeke Kalonji
