Un pas majeur vient d’être franchi dans la quête d’une paix durable à l’Est de la République démocratique du Congo. Le gouvernement congolais et le mouvement armé AFC/M23 ont signé ce samedi un accord-cadre composé de huit protocoles, sous la médiation active du Qatar, avec l’appui des États-Unis et de l’Union africaine.
Cet accord intervient après plusieurs semaines de discussions discrètes à Doha et marque l’un des engagements les plus avancés depuis la résurgence de la rébellion en 2021.
Les huit protocoles contenus dans l’accord-cadre
1. Protocole sur le cessez-le-feu permanent
Les deux parties s’engagent à mettre fin immédiatement à toutes les hostilités. Ce cessez-le-feu concerne l’ensemble des zones de confrontation, notamment dans les provinces du Nord et Sud-Kivu .
Un mécanisme conjoint de prévention des incidents doit être mis en place dans les 72 heures.
2. Protocole sur la libération des prisonniers
Le gouvernement et l’AFC/M23 valideront des listes de détenus liés au conflit. La libération sera progressive, sous supervision internationale, avec une priorité pour les civils arrêtés sans jugement. Des garanties de non-représailles sont également incluses.
3. Protocole sur le retour des déplacés internes et réfugiés
Ce document prévoit l’organisation du retour volontaire et sécurisé des millions de déplacés touchés par les combats. Des couloirs humanitaires et des zones de retour sécurisées devront être établis avec le concours du HCR et du CICR.
4. Protocole sur la démobilisation et la réintégration des combattants
Un processus complet de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) sera déployé. Les ex-combattants bénéficieront de programmes communautaires, de formations professionnelles et d’un accompagnement psychosocial afin de favoriser leur réintégration durable.
5. Protocole sur la gouvernance locale et l’intégration politique
Il s’agit du volet le plus sensible : l’accord prévoit des discussions sur l’intégration de certains cadres de l’AFC/M23 dans les structures administratives locales. Le processus se fera sous supervision internationale afin de garantir transparence et conformité au droit congolais.
6. Protocole sur la justice transitionnelle et la vérité
Une commission spéciale devra documenter les violations commises durant le conflit, établir les responsabilités, écouter les victimes et proposer des mécanismes de réparation. Ce volet vise à rétablir la confiance entre les communautés et à empêcher l’impunité.
7. Protocole sur la coopération économique transfrontalière
Le document encourage la création de corridors commerciaux, la réhabilitation des routes stratégiques et le lancement de projets conjoints dans les zones frontalières avec le Rwanda et l’Ouganda. Objectif : transformer les zones de conflits en pôles économiques.
8. Protocole sur le suivi et la vérification internationale
Un comité de suivi permanent sera mis en place, composé de représentants du Qatar, des États-Unis, de l’Union africaine, de la CIRGL et des deux parties congolaises. Il devra vérifier la mise en œuvre des engagements et proposer des ajustements si nécessaire.
Un accord majeur, mais un long chemin vers la paix
La signature de ces huit protocoles est une évolution majeure dans la recherche d’une solution politique à l’un des conflits les plus meurtriers et complexes d’Afrique. Toutefois, plusieurs observateurs rappellent que la paix durable dépendra de la volonté réelle des parties, de la cohésion interne au sein de l’AFC/M23 et de la capacité de l’État congolais à mettre en œuvre les réformes sécuritaires promises.
La sécurisation des frontières, la professionnalisation de l’armée, la lutte contre les groupes armés communautaires et l’autorité de l’État dans les zones libérées constituent des défis déterminants pour éviter une résurgence de la violence.
Une signature confirmée, mais quels détails restent à découvrir ?
Le gouvernement congolais et l’AFC/M23 ont bel et bien signé cet accord-cadre à Doha ce samedi. Toutefois, plusieurs aspects techniques du texte restent à dévoiler, notamment :
- les modalités exactes d’intégration politique,
- les zones prioritaires de retour des déplacés,
- les mécanismes de désengagement des troupes sur le terrain.
Il faut rappeler que ces huit protocoles d’accord doivent être discutés entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 pour aboutir à un accord de paix global. Les acteurs, les matières (causes profondes du conflit) et le calendrier de mise en œuvre de ces protocoles feront l’objet de prochaines négociations entre Kinshasa et l’AFC/M23.
Sumbu Sita Mambu (Haut représentant de Félix Antoine Tshisekedi) et Benjamin Mbonimpa (secrétaire permanent de l’AFC/M23) ont signé le document ce jour, mettant un terme au travail de 8 mois de la médiation qatarie.
Patrick Kalume
