La plaine de la Ruzizi, dans la province du Sud-Kivu, continue de s’embraser ce samedi 6 décembre 2025. Pour le cinquième jour consécutif, les affrontements opposant la coalition Wazalendo–FARDC–FNB aux rebelles AFC/M23 se sont intensifiés dans plusieurs localités des territoires d’Uvira et de Walungu, plongeant la population civile dans un désarroi absolu.
Reprise des combats dès l’aube : Lubarika sous pression
Selon les sources locales jointes ce samedi, de violents accrochages ont été signalés autour du village de Kamonyi, en direction de Lubarika, bastion stratégique des Wazalendo dans le territoire d’Uvira.
Les hostilités auraient commencé vers 5 h du matin, au moment où les combattants de l’AFC/M23 tentaient une nouvelle percée en direction du village.
Les positions des FARDC et de leurs alliés ont essuyé plusieurs vagues d’assauts, tandis que les habitants, terrorisés, cherchaient à se mettre à l’abri dans les plantations et zones boisées environnantes.
« Le M23 pousse fort depuis la nuit pour s’emparer de Lubarika. Les détonations sont continues », témoigne un acteur de la société civile locale.
Kamanyola : bombardements croisés et panique généralisée
À Kamanyola, la situation est encore plus explosive. Des tirs à l’arme lourde se font entendre à longue distance depuis les premières heures de la journée. Des missiles et obus auraient été largués de Luvungi vers Kamanyola et inversement, selon plusieurs habitants joints par téléphone.
Ces échanges de projectiles ont semé une panique indescriptible. Les familles se retrouvent piégées, ne sachant plus quelle direction emprunter :
- rester chez soi au risque de périr,
- ou fuir à découvert sous les bombardements.
Bilan provisoire effroyable : morts calcinés, corps démembrés, villages dévastés
La veille, un véritable carnage s’est abattu sur Kamanyola, Luvungi, Mutarule et Lubarika. D’après Radio Maendeleo, plusieurs morts et d’importants dégâts matériels ont été enregistrés.
Sur le terrain, les témoignages décrivent des scènes apocalyptiques :
- des corps entièrement calcinés,
- d’autres gravement mutilés par les éclats d’obus,
- des cadavres jonchant les routes, visibles « à chaque centaine de mètres » selon un habitant de Luvungi.
Des dizaines d’enfants, de femmes et de vieillards auraient été surpris par les tirs pendant leur fuite. Certains n’ont pas survécu, d’autres gisent dans les champs, blessés et sans assistance.
« Ce que nous voyons aujourd’hui dépasse l’entendement. Des familles entières ont été décimées », rapporte un leader communautaire de Mutarule.
Des témoins qualifient les scènes observées d’« insoutenables ».
Déplacements massifs : les populations fuient dans toutes les directions
Face à l’intensification des combats, les mouvements de fuite ont atteint un point inédit depuis le début des affrontements dans la plaine de la Ruzizi.
• Kamanyola : exode vers le Rwanda
De nombreuses familles ont traversé la frontière en direction du Rwanda. D’autres, faute de moyen, s’enferment dans leurs maisons en espérant survivre aux bombardements.
Certains se sont regroupés le long de la rivière Ruzizi dans l’espoir de rejoindre le Burundi, mais la traversée reste impossible à cause de la violence des combats et des restrictions sécuritaires.
• Luvungi, Lubarika, Bwegera : route vers Sange
Dans ces localités, l’exode se fait en direction de Sange, jugée momentanément plus sûre. Des files de déplacés – femmes portant des enfants sur le dos, vieillards appuyés sur des bâtons, jeunes transportant des biens sur leurs têtes – ont été aperçues le long de la route nationale. Ces localités seraient déjà tombées aux mains des rebelles selon plusieurs sources concordantes contactées par notre rédaction dans la zone. Situation de 15hoo
• Uvira : refuge précaire
Une autre partie des populations se dirigent vers la ville d’Uvira, où les écoles, églises et structures communautaires commencent à accueillir les premiers groupes de déplacés. Les autorités locales et humanitaires redoutent un afflux massif dans les prochaines heures.
Crainte d’une catastrophe humanitaire imminente
Alors que les combats s’étendent et gagnent en intensité, les organisations humanitaires tirent la sonnette d’alarme.
L’accès est devenu extrêmement difficile en raison :
- des bombardements continus,
- des routes coupées,
- de la présence active des belligérants.
Les besoins urgents – eau potable, nourriture, abris, soins médicaux – risquent de croître de manière exponentielle.
Appel à la désescalade
Plusieurs acteurs communautaires et religieux du Sud-Kivu appellent à une désescalade immédiate, dénonçant la souffrance infligée aux civils. Jusqu’à présent, aucune réaction officielle du gouvernement provincial n’a été enregistrée ce samedi.
Ivan Kambere à Butembo
