L’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) conditionne son retrait d’Uvira à une série de garanties sécuritaires et politiques, dans un contexte diplomatique tendu et sur fond de graves accusations d’exactions contre les civils.
Un retrait présenté comme un « geste de confiance »
L’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) a annoncé, ce mardi, sa décision de retirer unilatéralement ses forces de la ville d’Uvira, chef-lieu stratégique du Sud-Kivu. Le mouvement rebelle affirme que cette initiative vise à soutenir le processus de paix de Doha, dans lequel des avancées notables ont été enregistrées, notamment avec la signature de l’Accord-cadre du 15 novembre 2025.
Dans un communiqué, l’AFC/M23 explique que ce retrait intervient « à la lumière de ces avancées » et se veut une mesure de confiance, malgré ce qu’elle qualifie de « provocations et abus persistants » imputés aux Forces armées de la RDC (FARDC) et à leurs alliés. Le mouvement précise également agir à la demande de la médiation américaine, très impliquée ces dernières semaines dans les efforts de désescalade.
Les cinq conditions posées par l’AFC/M23
Si l’annonce du retrait est présentée comme unilatérale, elle reste toutefois conditionnée à plusieurs exigences que le mouvement juge indispensables pour éviter un vide sécuritaire et relancer durablement le dialogue. L’AFC/M23 énumère cinq conditions principales :
- Mise en place de mécanismes adéquats de gestion de la ville d’Uvira, sous la supervision des garants du processus de paix, afin d’assurer une administration stable et inclusive après le retrait.
- Démilitarisation complète de la ville d’Uvira, une fois les troupes de l’AFC/M23 retirées, pour prévenir toute reprise des combats en zone urbaine.
- Protection effective de la population civile et des infrastructures, notamment les installations publiques, humanitaires et économiques, souvent ciblées lors des affrontements.
- Suivi strict du cessez-le-feu, à travers le déploiement d’une force neutre, chargée de surveiller la situation sécuritaire et de prévenir les violations.
- Interdiction formelle à tout groupe armé hostile au gouvernement congolais ou au Burundi d’utiliser les zones libérées comme bases arrière pour des actions susceptibles de déstabiliser la région et de nuire aux relations de bon voisinage.
Pressions américaines et avertissements à Kigali
Cette annonce survient dans un contexte de fortes pressions diplomatiques exercées par les États-Unis. Washington a, une nouvelle fois, mis en garde Kigali contre son implication présumée dans la crise sécuritaire à l’est de la RDC.
Le vice-secrétaire d’État américain, Christopher Landau, a qualifié la récente offensive sur Uvira de « grave erreur », avertissant que cette dynamique « ne pourra pas continuer » si le Rwanda « persiste à jouer les mêmes vieux jeux avec le M23 ». De son côté, le secrétaire d’État Marco Rubio a estimé que les actions attribuées au Rwanda dans l’est congolais constituaient une violation claire des accords de Washington, promettant des mesures pour en garantir le respect.
Graves accusations d’exactions contre les civils
Parallèlement aux annonces politiques, la situation humanitaire à Uvira suscite une vive inquiétude. Human Rights Watch et plusieurs sources locales font état de graves violations des droits humains commises après la prise de contrôle de la ville par le M23, le 10 décembre dernier.
Selon des témoignages recueillis par l’organisation, des combattants du M23 auraient abattu, le même jour, deux hommes de 25 ans vêtus en civils dans le quartier Kasenga, les accusant d’appartenir aux groupes Wazalendo. Un autre homme, âgé de 57 ans, aurait été arrêté puis exécuté après avoir refusé de remettre son téléphone.
Les 11 et 12 décembre, des exécutions auraient continué, visant de jeunes hommes et des combattants Wazalendo présumés, y compris des personnes non armées. Un proche d’une victime affirme avoir vu des dizaines de corps dans le quartier Kavimvira, un témoignage corroboré par une source onusienne.
Une décision sous haute surveillance
Entre conditions politiques, pressions internationales et accusations d’exactions, l’annonce du retrait de l’AFC/M23 d’Uvira apparaît comme un tournant délicat. Si elle est présentée comme un pas vers la paix, sa mise en œuvre effective dépendra largement de la capacité des acteurs régionaux et internationaux à garantir la sécurité des civils, à faire respecter le cessez-le-feu et à établir un cadre crédible de gouvernance post-retrait.
À Uvira, la population reste dans l’attente, partagée entre l’espoir d’une accalmie durable et la crainte de nouvelles violences.
Muller Mundeke Kalonji
