En visite en Serbie où il s’est longuement entretenu avec la diaspora congolaise, le président Félix-Antoine Tshisekedi est revenu sur le processus de paix en cours entre la République démocratique du Congo et le Rwanda.
À quelques jours d’un déplacement annoncé à Washington pour « entériner » l’accord conclu sous la médiation américaine, le chef de l’État a tenu à dissiper toute ambiguïté : aucun brassage ni mixage des éléments du M23 ne sera accepté au sein des Forces armées de la RDC (FARDC).
Une mise au point ferme avant la rencontre de Washington
« Je me rendrai à Washington pour entériner l’accord signé avec le Rwanda sous l’égide des États-Unis et qui a été rendu public en toute transparence. Mais ne vous laissez pas berner : il n’y aura ni brassage ni mixage », a insisté Félix Tshisekedi devant une assemblée attentive.
Ces propos interviennent alors que l’opinion congolaise reste partagée sur l’accord de Doha, lequel prévoit, selon plusieurs analyses, la possibilité d’intégrer au cas par cas certains combattants de l’AFC-M23 dans les institutions nationales, notamment les forces de défense. Une disposition jugée sensible dans le contexte d’une crise marquée par des accusations répétées d’agression étrangère.
« On ne bâtit pas l’intégration régionale avec ceux qui nous ont poignardés en 2022 »
Abordant la question de l’intégration régionale des pays d’Afrique de l’Est, le président Tshisekedi a tenu à rappeler qu’il reste favorable à une coopération solide dans la région, mais pas au détriment de la souveraineté congolaise.
« L’intégration régionale, c’est tout ce que j’ai désiré dès mon accession au pouvoir, mais ils nous ont poignardés dans le dos en 2022. Le respect des accords implique le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais et le rétablissement d’une confiance mutuelle. On ne fait pas de commerce régional sans paix ni confiance rétablie », a-t-il affirmé.
Une position qui surprend au regard des termes de l’accord de Doha
La déclaration du chef de l’État suscite de nombreuses interrogations, notamment au regard du contenu de l’accord de Doha, que certains observateurs estiment plus flexible sur l’intégration d’anciens combattants dans le processus de paix. Alors que Kinshasa affiche une ligne dure, Washington continue de pousser pour une solution politique globale, incluant la réinsertion de certains éléments non poursuivis pour crimes graves.
Cette divergence entre discours politique et exigence diplomatique continue de nourrir le débat, surtout dans un contexte où les combats se poursuivent dans plusieurs localités du Nord-Kivu, malgré les pressions internationales.
Une diaspora attentive et préoccupée
À Belgrade, les membres de la diaspora congolaise ont salué le discours du président tout en exprimant leurs préoccupations quant à la mise en œuvre réelle des engagements pris par toutes les parties. Beaucoup redoutent que les concessions imposées par les médiateurs internationaux ne fragilisent davantage l’armée congolaise ou ne sacrifient la souveraineté nationale.
Pour l’heure, Félix Tshisekedi semble vouloir rassurer : aucun arrangement militaire ou politique ne se fera au détriment de la sécurité nationale. Reste à savoir comment cette position sera conciliée avec les exigences diplomatiques et sécuritaires portées par les États-Unis et les partenaires régionaux.
Muller Mundeke Kalonji
