Un séisme secoue l’appareil sécuritaire de la République démocratique du Congo.
Quatre hauts gradés des Forces armées de la RDC (FARDC) ont été transférés ce mercredi à la prison militaire de haute sécurité de Ndolo, après leur audition par le Conseil national de cybersécurité (CNC), selon des informations confirmées par plusieurs sources sécuritaires et judiciaires.
Les officiers concernés
Les généraux concernés par cette mesure sont :
- Christian Tshiwewe Songesha, général d’armée, ancien chef d’état-major général des FARDC ;
- John Kabila, général de brigade, ancien officier d’ordonnance de l’ex-président Joseph Kabila ;
- John Sangwa, général de brigade, ancien commandant adjoint de la 12ᵉ région militaire, en charge de l’administration et de la logistique ;
- Maurice Nyembo Kufi, général-major, ancien directeur de cabinet de l’ex-chef d’état-major général des FARDC.
Après leur passage au CNC, les quatre officiers ont été conduits à l’auditorat général militaire avant d’être transférés, dans la foulée, à la prison militaire de Ndolo à Kinshasa.
Des accusations graves évoquées, mais encore non officialisées
À ce stade, aucune communication officielle détaillée n’a été faite par les autorités judiciaires ou militaires sur les chefs d’accusation retenus contre l’ensemble des généraux. Toutefois, des sources proches du dossier évoquent des faits d’une extrême gravité, notamment en ce qui concerne le général d’armée Christian Tshiwewe Songesha.
Selon plusieurs médias et sources sécuritaires, l’ancien chef d’état-major général des FARDC serait soupçonné de complot contre le chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi, de tentative d’assassinat et de trahison, en lien avec des contacts présumés avec une puissance étrangère.
Ces accusations, si elles venaient à être formellement retenues, constitueraient l’un des dossiers les plus sensibles de l’histoire récente de l’armée congolaise.
Une chute brutale pour un ancien pilier du régime
La mise en cause du général Christian Tshiwewe surprend par son ampleur. Considéré jusqu’ici comme un proche et un homme de confiance du président Tshisekedi, il avait connu une ascension fulgurante depuis 2019.
Ancien patron de la Garde républicaine, chargé directement de la sécurité du chef de l’État, il avait ensuite été élevé au rang de chef d’état-major général des FARDC, puis promu au grade suprême de général d’armée.
Son arrestation et son incarcération provisoire alimentent déjà de vifs débats au sein de l’opinion publique et des milieux militaires. Certains observateurs dénoncent une possible instrumentalisation politique, tandis que d’autres appellent à laisser la justice suivre son cours.
Un casse-tête juridique inédit pour la justice militaire
Au-delà du fond du dossier, une question juridique majeure se pose quant à l’éventuelle tenue d’un procès, notamment pour le général d’armée Christian Tshiwewe.
En effet, l’article 67 de la loi n°023/2002 du 18 novembre 2002 portant Code judiciaire militaire stipule que « le magistrat représentant le ministère public à l’audience doit être d’un grade supérieur ou au moins égal à celui du prévenu ».
Or, l’actuel auditeur général des FARDC, le lieutenant-général Likulia, est hiérarchiquement inférieur au général d’armée Christian Tshiwewe. Cette incompatibilité de grades crée un vide juridique, jamais clairement résolu par les textes en vigueur.
Si, au niveau de la Haute Cour militaire, certains généraux d’armée en fonction – tels que le général Gabriel Amisi – peuvent siéger dans la composition de la juridiction, cette possibilité ne s’étend pas automatiquement à l’auditorat général, laissant entière la question de la représentation du ministère public.
Une affaire suivie de près au sommet de l’État
Cette affaire, aux ramifications politiques, militaires et diplomatiques potentielles, est suivie de très près par les institutions de la République. Elle intervient dans un contexte sécuritaire déjà tendu, marqué par la guerre dans l’Est du pays et par de fortes attentes en matière de réforme et de discipline au sein des FARDC.
En attendant une prise de parole officielle des autorités compétentes, la présomption d’innocence reste de mise pour les officiers concernés. Toutefois, leur transfert à la prison militaire de Ndolo marque une étape décisive dans une procédure qui pourrait durablement redessiner les équilibres au sommet de l’armée congolaise.
Muller Mundeke Kalonji
