Les déclarations du ministre d’État en charge de l’Agriculture, Muhindo Nzangi, continuent de susciter une vive controverse au sein de l’opinion publique congolaise.
Invité de l’émission « Bosolo na Politik », animée par le journaliste Israël Mutombo, ce membre du gouvernement a livré une analyse pour le moins surprenante sur l’évolution du conflit armé dans l’Est de la République démocratique du Congo, notamment autour de la ville stratégique d’Uvira, au Sud-Kivu.
« Sans les États-Unis, le M23 serait déjà à Kalemie »
Au cours de cette émission largement suivie sur les réseaux sociaux, Muhindo Nzangi a affirmé que la progression des rebelles de l’AFC/M23, soutenus par le Rwanda, aurait été incontrôlable sans une intervention diplomatique et stratégique des États-Unis d’Amérique.
« Sans les USA, l’AFC/M23 serait déjà à Kalemie aujourd’hui. Il n’y avait aucune résistance contre eux, je dois être honnête avec vous », a-t-il déclaré.
Une sortie qui a surpris plus d’un observateur, d’autant plus qu’elle laisse entendre une quasi-absence de résistance militaire sur le terrain, y compris de la part des Forces armées de la RDC (FARDC) et de leurs alliés.
Une fuite provoquée par « deux tweets » ?
Plus controversé encore, le ministre a soutenu que les FARDC, les forces burundaises déployées dans le cadre des accords régionaux, ainsi que les Wazalendo, se seraient retirés d’Uvira à la suite de deux simples tweets, alors que les combattants du M23 se trouvaient encore à environ 30 kilomètres de la ville.
Cette affirmation a provoqué un tollé sur les plateformes numériques, où de nombreux internautes et analystes s’interrogent sur la véracité et la portée de tels propos, jugés par certains comme une banalisation du sacrifice des forces engagées au front.
Indignation et divisions au sein de l’opinion
Pour une frange importante de l’opinion publique, ces déclarations constituent un manque de respect flagrant envers les FARDC et leurs alliés, qui se battent dans des conditions extrêmement difficiles contre des groupes lourdement armés. Plusieurs voix estiment que de tels propos, venant d’un membre du gouvernement, risquent de démoraliser les troupes et de fragiliser la cohésion nationale en pleine période de guerre.
À l’inverse, d’autres observateurs défendent Muhindo Nzangi, estimant qu’il a simplement livré une lecture politique et stratégique de la situation, mettant en lumière le rôle déterminant de la pression internationale et de la guerre informationnelle dans le conflit à l’Est du pays.
Un ministre hors de son champ de compétence ?
La polémique relance également le débat sur la prise de parole des membres du gouvernement en dehors de leurs portefeuilles respectifs. Plusieurs analystes s’étonnent de voir le ministre de l’Agriculture et de l’Élevage se muer en expert militaire et géopolitique, sur un sujet aussi sensible que la guerre contre le M23.
Dans un contexte où la RDC cherche à renforcer l’unité nationale et le soutien aux forces armées, ces propos pourraient avoir des répercussions politiques et institutionnelles, appelant à une clarification officielle ou à un recadrage au sein de l’exécutif.
Une sortie qui tombe mal
Alors que la situation sécuritaire demeure volatile dans l’Est du pays et que les FARDC poursuivent les combats sur plusieurs fronts, les déclarations de Muhindo Nzangi interviennent à un moment jugé particulièrement délicat, tant sur le plan militaire que diplomatique.
Reste à savoir si le gouvernement congolais réagira officiellement à cette polémique ou s’il laissera ces propos s’inscrire dans le débat public déjà très tendu autour de la guerre contre le M23 et de l’implication des acteurs internationaux.
Muller Mundeke Kalonji
