Un vent de tension souffle à nouveau sur le Sud-Kivu. Depuis la soirée du dimanche 30 novembre 2025, un déploiement militaire d’une ampleur inhabituelle est signalé dans plusieurs localités situées entre Bukavu et Uvira.
Selon des sources concordantes, les rebelles du M23, appuyés par des éléments des Forces de défense du Rwanda (RDF), ont massivement renforcé leurs positions, faisant craindre une offensive imminente contre les FARDC et les forces d’autodéfense wazalendo.
Un mouvement militaire d’une intensité exceptionnelle
Des témoins locaux affirment avoir aperçu au moins douze camions remplis de combattants, munitions et équipements lourds, circulant dans la zone de Nyangezi, à une trentaine de kilomètres de Bukavu. Des blindés, pièces d’artillerie lourde et plusieurs unités d’infanterie auraient également été déployés.
Selon une source située à Nyangezi :
« Ils sont arrivés en plusieurs vagues. Nous avons vu des camions, des blindés et beaucoup d’armes lourdes. Leur QG est désormais installé près de l’ancienne base des Chinois. Plus loin, vers les escarpements de Ngomo, leurs positions ont été fortement renforcées. »
Des mouvements similaires sont rapportés dans la plaine de la Ruzizi, une zone stratégique permettant de relier rapidement Uvira à Bukavu.
Plusieurs zones du Sud-Kivu sous pression
En plus de Nyangezi, les localités de Kamanyola et Katogota, situées à proximité immédiate de la frontière rwandaise et burundaise, connaissent depuis deux jours une activité militaire inhabituelle.
Selon des habitants, des colonnes de combattants M23/RDF auraient été vues traversant certains points frontaliers durant la nuit. Dans plusieurs villages, des femmes se rendant aux champs auraient été contraintes de rebrousser chemin, signe d’une présence armée accrue.
Un notable de Kamanyola témoigne :
« Les mouvements se sont intensifiés. Les habitants ont peur. On sent que quelque chose se prépare. »
Des sources sécuritaires non encore confirmées évoquent même l’installation d’une unité de commandement avancée du M23/RDF dans les environs, renforçant les inquiétudes d’une opération de grande envergure.
Un front longtemps calme désormais menacé
Jusqu’ici, l’essentiel des affrontements contre le M23 s’est concentré dans les territoires de Rutshuru, Masisi et Nyiragongo, au Nord-Kivu. Mais l’ouverture d’un nouveau front au Sud-Kivu constitue un tournant stratégique majeur.
Ce déploiement massif pourrait viser plusieurs objectifs :
- Déstabiliser un deuxième front pour disperser les forces FARDC.
- Couper les lignes logistiques reliant Bukavu et Uvira.
- Gagner une profondeur territoriale dans la plaine de la Ruzizi.
- Créer un corridor stratégique entre les zones déjà occupées au Nord-Kivu et les positions frontalières au Sud-Kivu.
Inquiétudes croissantes chez les populations locales
À Nyangezi, Katogota, Kamanyola et dans la plaine de la Ruzizi, l’inquiétude est palpable. Plusieurs habitants, joints par téléphone, redoutent un embrasement soudain de la région.
« Les choses peuvent mal tourner d’un moment à l’autre. Nous vivons dans la peur », confie un enseignant de Katogota.
Certains ménages auraient déjà commencé à quitter les zones les plus exposées, redoutant d’éventuels combats ou représailles.
La position des autorités encore attendue
Aucune communication officielle du gouvernement provincial du Sud-Kivu ni des FARDC n’a été publiée jusqu’à présent concernant ces mouvements militaires. Néanmoins, plusieurs sources sécuritaires affirment que les forces loyalistes sont en état d’alerte maximale sur tout l’axe Bukavu–Uvira.
Le déploiement massif du M23/RDF sur l’axe Bukavu–Uvira marque une escalade préoccupante dans la crise sécuritaire à l’Est de la RDC. Alors que les populations du Sud-Kivu vivaient jusqu’ici relativement en retrait des combats majeurs, la menace d’un nouveau front apparaît désormais réelle.
Les prochaines heures pourraient s’avérer déterminantes pour la stabilité déjà fragile de la région.
Muller Mundeke Kalonji
