RDC : les FARDC confirment l’arrestation de plusieurs généraux et officiers supérieurs

Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont annoncé, ce samedi 22 novembre 2025, l’interpellation de plusieurs officiers généraux et supérieurs, dans le cadre d’accusations « hautement répréhensibles liés à la sécurité de l’État », a déclaré le porte-parole de l’armée, le général-major Sylvain Ekenge.

Lors d’une conférence de presse tenue au quartier général des FARDC à Kinshasa, le général Ekenge a précisé que ces officiers « sont actuellement interpellés (…) non pas pour des motifs politiques, mais pour des actes menaçant la sécurité nationale ». Il a ajouté que leur détention, prolongée « conformément à la loi, à la demande du parquet, pour les besoins de l’enquête », se traduit par une assignation à résidence dans des conditions jugées « acceptables » et sous un régime de liberté contrôlée.

Le porte-parole a également rejeté les accusations selon lesquelles ces arrestations seraient motivées par des considérations « ethniques », insistant sur le fait que chacun des concernés est « détenu pour des infractions individuelles ».


Des ONG dénoncent une « purge ciblée »

Cette vague d’arrestations est vivement contestée par des organisations de la société civile. Un consortium d’ONG des droits de l’homme en RDC dénombre au moins 29 généraux détenus. Selon ces organisations, 27 de ces 29 généraux seraient d’obédience swahiliphone, ce qui alimente des critiques sur une possible stigmatisation des officiers issus de l’Est du pays.

Dans leur communiqué, elles dénoncent plusieurs manquements graves : opacité sur les motifs d’arrestation, absence de transparence quant aux lieux de détention, non-respect des garanties judiciaires (droit à un avocat, information sur les charges, présentation devant un juge dans des délais raisonnables) et risques majeurs de détention prolongée sans jugement.

Elles évoquent également la possibilité de mauvais traitements, voire de torture, et estiment que ces pratiques fragilisent la cohésion nationale tout en nourrissant un sentiment d’exclusion parmi certaines communautés.

Les ONG demandent notamment :

  • que les familles et avocats puissent avoir accès aux officiers arrêtés,
  • que le droit à un procès équitable soit respecté,
  • que des observateurs indépendants, y compris internationaux, puissent suivre le déroulement des procédures.

Quelques cas particulièrement cités

Parmi les officiers concernés, plusieurs noms sont évoqués de manière récurrente :

  1. Christian Tshiwewe Songesha, ancien chef d’état major général des FARDC puis conseiller de Félix Tshisekedi en matière de sécurité. Son arrestation est liée à une présumée « complicité avec les FDLR ».
  2. Pacifique Masunzu, lieutenant-général  ancien commandant de la 3ᵉ zone de défense, interpellé début novembre 2025 et transféré à Kinshasa.
  3. Pierre Banywesize, général de brigade, son arrestation suscite l’inquiétude car son lieu de détention n’a pas été officiellement révélé, alors qu’il devait être transféré à l’étranger pour des soins médicaux.
  4. Joseph Banza Kabulo, général  ancien commandant adjoint du secteur Sokola 2 au Sud-Kivu.
  5. Frank Ntumba, Lieutenant général et ancien chef de la maison militaire du président Félix Tshisekedi.
  6. Général Tshibangu, aurait été interpellé à Camp Kokolo dans le cadre des enquêtes liées au conflit contre le M23.

Contexte plus large : pouvoir, stratégie et tensions

Ces arrestations interviennent dans un contexte de remaniements majeurs au sein de l’armée congolaise. Le président Félix Tshisekedi a récemment entrepris une restructuration profonde du commandement militaire, nommant de nouveaux responsables à la tête de plusieurs branches stratégiques.

Parallèlement, les FARDC connaissent des revers militaires notables face au M23. Plusieurs hauts gradés ont été pointés du doigt pour des échecs répétés sur le terrain, notamment l’abandon de positions avec du matériel, des armes et des blessés. Certains officiers sont d’ailleurs actuellement jugés par la Haute Cour Militaire pour abandon de troupes en plein combat.

Enfin, la question ethno-linguistique exacerbe les tensions : la forte proportion d’officiers swahiliphones parmi les détenus est perçue par certains acteurs comme un risque potentiel de fracture interne dans les forces armées, susceptible d’alimenter des ressentiments au sein de la population.


En conclusion, l’annonce des arrestations de hauts gradés par les FARDC révèle un moment charnière pour l’armée congolaise. Entre nécessité de discipline et accusations de purge politique, la transparence des enquêtes et le respect des droits fondamentaux seront déterminants dans les prochaines semaines pour éviter un affaiblissement de la cohésion nationale et restaurer la confiance envers les institutions militaires et judiciaires.


Ilunga Mubidi Oscar

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