Un tournant historique pour l’économie congolaise. La République démocratique du Congo vient d’enregistrer l’un des plus importants engagements financiers jamais réalisés par un pays du Golfe en Afrique centrale : plus de 20 milliards de dollars d’investissements qatariens, destinés à transformer plusieurs secteurs clés. L’annonce a été officialisée lors de la visite du dirigeant qatari à Kinshasa.
Arrivé en fin de matinée à l’aéroport international de N’djili, Son Altesse Sheikh Tamim Ben Hamad Al Thani, Émir de l’État du Qatar, a été chaleureusement accueilli par le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Cette première visite officielle en RDC marque une étape décisive dans la coopération entre les deux pays.
Un partenariat stratégique inédit en Afrique centrale
Peu de nations parviennent encore à attirer les investissements massifs du Golfe. Alors que certains pays africains tentent d’attirer Doha sans succès, Kinshasa parvient à se positionner comme un partenaire privilégié, contrastant avec les difficultés d’autres voisins de la région.
Selon les indiscrétions recueillies au sein du gouvernement, les projets porteraient sur des investissements directs liés aux infrastructures, à l’énergie, aux mines, à l’industrie agricole, au transport maritime et à la finance.
Six accords bilatéraux signés : ports, justice, aide humanitaire, diplomatie et sport
À la Cité de l’Union Africaine, les deux Chefs d’État ont eu un tête-à-tête avant de présider à la cérémonie de signature de six accords structurants, entre les ministres sectoriels. Ils concernent notamment :
1. Modernisation des ports congolais
- Partenariat entre Mwani Qatar (Qatar Ports Management Company) et l’ONATRA SA.
- Objectif : transformation des ports fluviaux et maritimes, réduction des coûts logistiques, augmentation du fret, construction et modernisation de terminaux.
2. Renforcement de la coopération judiciaire
- Accords entre les Ministères de la Justice des deux États.
- Programmes prévus : formations, digitalisation des procédures, lutte contre la criminalité financière.
3. Exemption de visa diplomatique
- Levée des restrictions de visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques et spéciaux qatariens et congolais, facilitant la mobilité des officiels et des investisseurs stratégiques.
4. Aide humanitaire et réponse d’urgence au Sud-Kivu
- Mémorandum avec le Qatar Fund for Development, visant à renforcer les services aux déplacés de guerre, notamment en matière d’assistance sanitaire, alimentaire et de relocalisation.
5. Coopération dans la jeunesse et le sport
- Programmes d’échanges sportifs, financement d’infrastructures modernes, création potentielle d’académies de haut niveau à Kinshasa, Kisangani et Lubumbashi.
6. Consultations politiques permanentes
- Mise en place d’un mécanisme diplomatique régulier entre les Affaires étrangères des deux pays pour harmoniser leurs positions, notamment sur les questions de sécurité régionale et d’investissements.
Doha, médiateur dans le Processus de paix à l’Est
Lors de la rencontre, Félix Tshisekedi a publiquement remercié l’Émir pour les efforts du Qatar dans la résolution du conflit sécuritaire dans l’Est de la RDC, via le Processus de Doha.
Il a salué la signature, le 15 novembre dernier, de l’Accord-Cadre entre le Gouvernement congolais et la coalition AFC/M23, étape jugée essentielle pour aller vers un cessez-le-feu durable.
Un partenariat gagnant-gagnant
En attirant Doha, Kinshasa diversifie ses partenaires stratégiques, réduit sa dépendance aux logiques d’influence régionales et s’ouvre à un financement massif au moment où la reconstruction économique est prioritaire.
En retour, le Qatar sécurise son accès à un marché aux ressources naturelles stratégiques, au potentiel portuaire énorme et à un leadership régional en construction.
Cette visite éclair de l’Émir Tamim Ben Hamad Al Thani ouvre une nouvelle ère diplomatique et économique pour la RDC. Elle confirme l’ambition du pays de devenir un hub stratégique en Afrique centrale, capable d’attirer les plus grands investisseurs mondiaux et de transformer durablement son économie.
Prochaines étapes attendues :
- Annonce des chantiers prioritaires et des sites concernés.
- Déploiement des premiers financements en 2026.
- Signature de contrats supplémentaires dans les secteurs minier et énergétique.
Muller Mundeke Kalonji
