La vague d’interpellations au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) continue de s’intensifier. Le général Dieudonné Muhima Batenchi a été placé aux arrêts ce dimanche, selon plusieurs sources sécuritaires concordantes, confirmant une nouvelle étape dans ce qui s’apparente à une vaste opération d’assainissement au sommet de l’armée congolaise.
Un haut gradé stratégique rattrapé par la justice militaire
Commandant de la base militaire stratégique de Kamina, dans la province du Haut-Lomami, le général Muhima Batechi occupait un poste névralgique au sein de l’appareil de défense nationale. Cette base est notamment connue pour abriter des unités clés de formation et de projection des forces armées congolaises.
Le général interpellé est présenté comme un ancien proche collaborateur du général Muhindo Akili Mundos, ex-commandant des opérations militaires dans l’Est du pays, aujourd’hui sous sanctions internationales de l’Union européenne et des États-Unis pour de graves violations des droits humains et son rôle présumé dans l’instabilité sécuritaire à l’Est de la RDC.
Des accusations de détournement de fonds publics
D’après des sources proches du dossier, Dieudonné Muhima Batechi est poursuivi pour des faits présumés de détournement de fonds publics, des accusations qui s’inscrivent dans une série de procédures engagées par la justice militaire contre plusieurs hauts responsables des FARDC. Les enquêtes portent notamment sur la gestion des fonds opérationnels, des primes de troupes et de la logistique militaire.
Son arrestation intervient dans un contexte où les autorités congolaises affichent une volonté ferme de lutter contre la corruption, l’impunité et les réseaux d’enrichissement illicite au sein des forces de défense et de sécurité.
Une série d’arrestations sans précédent
Avec l’interpellation du général Muhima Batechi, le nombre de généraux arrêtés ou mis à la disposition de la justice militaire ces derniers mois s’élèverait à au moins vingt-deux, selon des sources sécuritaires. Un chiffre qui illustre l’ampleur inédite de cette opération de « nettoyage » interne.
Parmi les officiers généraux déjà cités ou interpellés dans différentes affaires, plusieurs médias évoquent notamment :
- des anciens commandants de zones opérationnelles dans l’Est du pays,
- des responsables logistiques et financiers des FARDC,
- ainsi que des officiers supérieurs soupçonnés de collusion avec des groupes armés ou de mauvaise gestion des ressources militaires.
(Les autorités judiciaires n’ont toutefois pas encore rendu publique une liste officielle exhaustive.)
Entre assainissement et inquiétudes sécuritaires
Si une partie de l’opinion publique salue une volonté politique de réformer en profondeur l’armée congolaise, cette série d’arrestations suscite également des interrogations. Des analystes sécuritaires s’inquiètent de l’impact potentiel sur la chaîne de commandement, dans un contexte marqué par la poursuite des combats contre les groupes armés, notamment le M23, les ADF et d’autres milices actives dans l’Est du pays.
Pour d’autres observateurs, cette opération pourrait au contraire renforcer la crédibilité des FARDC, en restaurant la discipline, la transparence et la confiance entre la hiérarchie militaire et les troupes engagées sur le terrain.
Une communication officielle attendue
Jusqu’à présent, aucune communication détaillée n’a été faite par le ministère de la Défense ni par l’auditorat militaire concernant le cas précis du général Muhima Batechi. Les prochains jours devraient être décisifs pour en savoir davantage sur les charges retenues et la suite de la procédure judiciaire.
En attendant, cette nouvelle arrestation confirme une chose : l’armée congolaise traverse une phase de recomposition profonde, sur fond de guerre persistante à l’Est et de pressions nationales et internationales pour une gouvernance sécuritaire plus rigoureuse.
Muller Mundeke Kalonji
