La ville de Goma a été le théâtre d’un nouveau drame sécuritaire dans la nuit du mercredi 10 décembre, quelques heures seulement après l’assassinat par balles de Magloire Paluku, ancien directeur de la radio Kivu 1 et cadre influent de la rébellion AFC-M23.
Deux hommes, présentés comme de simples civils, ont été abattus par des éléments armés du M23, soupçonnés à tort d’être impliqués dans ce meurtre très médiatisé.
Une soirée ordinaire qui vire au cauchemar
Selon plusieurs témoignages concordants recueillis par notre rédaction, les deux victimes revenaient tranquillement de suivre à la télévision le match de Ligue des champions UEFA opposant le Real Madrid à Manchester City, regardé au domicile de l’un d’eux, connu sous le prénom de Dicap.
« Ces deux jeunes étaient tous mes amis. L’un s’appelait Dicap, célibataire, et l’autre était connu sous le surnom de MwangaBuyi, marié et père de famille », confie un proche des victimes, encore sous le choc.
Après le match, Dicap, propriétaire d’un véhicule, raccompagnait son ami vers le quartier TMK, avant de rentrer chez lui, près du marché des Sables, aux environs du quartier Scouts.
Une poursuite mortelle
C’est alors qu’ils empruntaient la route pavée menant vers TMK qu’ils auraient été interceptés par des hommes armés identifiés comme des militaires du M23. Pris de panique, croyant à une tentative de vol de leur véhicule, le conducteur aurait poursuivi sa route.
Une jeep militaire se serait aussitôt lancée à leur poursuite. Des coups de feu auraient été tirés en direction du véhicule en fuite. Après une longue course nocturne, les deux civils ont finalement été rattrapés, maîtrisés puis exécutés sur place, selon les mêmes sources.
La confusion autour du véhicule, élément clé du drame
Toujours d’après les témoignages, le véhicule des victimes, une Toyota Noah, serait identique au modèle utilisé par les auteurs présumés de l’assassinat de Magloire Paluku. Une similitude qui aurait renforcé la confusion et conduit à cette bavure fatale.
Les corps des deux hommes auraient ensuite été récupérés par les mêmes éléments armés avant d’être déposés à la morgue.
Des explications officielles évoquent une erreur
Le lendemain du drame, les familles et proches des victimes se sont rendus auprès des autorités locales. Ils affirment avoir été reçus par le maire adjoint de Goma, qui leur aurait reconnu qu’il s’agissait d’une tragique méprise liée au climat de tension ayant suivi l’assassinat de Magloire Paluku.
« Il nous a expliqué que la confusion autour du véhicule et la psychose sécuritaire ont conduit à ce drame », rapporte un proche.
Indignation et inquiétudes croissantes à Goma
Ce double meurtre suscite une vive indignation au sein de la population, déjà éprouvée par l’insécurité persistante et les abus reprochés aux groupes armés. Plusieurs voix s’élèvent pour exiger que toute la lumière soit faite sur ces exécutions sommaires et que les responsables répondent de leurs actes.
Dans un contexte où la justice reste fragile et où les civils paient régulièrement le prix fort des conflits armés, ce nouveau drame relance le débat sur la protection des populations, le respect des droits humains et la responsabilité des groupes armés opérant dans l’Est de la RDC.
Ivan Kambere à Butembo
