La ville de Baraka, récemment désignée chef-lieu provisoire de la province du Sud-Kivu, a été secouée ce samedi soir par de violentes détonations d’armes lourdes et légères, plongeant la population dans une profonde angoisse.
Ces tirs interviennent dans un contexte sécuritaire extrêmement fragile, marqué par la prise de la ville d’Uvira par les rebelles du M23, forçant les forces loyalistes et des milliers de civils à se replier vers Baraka.
Des tirs nourris entendus toute la soirée
Selon plusieurs témoignages concordants recueillis sur place, les coups de feu ont débuté aux alentours de 19 heures et se sont poursuivis sans interruption jusque tard dans la nuit.
« Les coups de balle ont commencé à 19h et continuent jusqu’à présent, il est déjà 22h30. Ça tire de partout dans la ville et personne ne sait exactement ce qui se passe. Même les radios locales ne fonctionnent plus », témoigne Mulico Kiza, habitant de Baraka-centre.
L’intensité et la durée des détonations laissent craindre une situation sécuritaire hors de contrôle, d’autant plus que les communications radio ont été perturbées, compliquant l’accès à une information fiable.
Présence militaire signalée dans plusieurs quartiers
Au-delà des tirs, plusieurs sources locales rapportent des incursions de militaires dans des ménages, notamment dans le quartier Ma Campagne, près de l’EP Bwiseelelo, ainsi que dans le quartier Matata.
« Des militaires visitent plusieurs maisons. Leur présence crée une grande psychose au sein de la population et témoigne d’une grave situation d’insécurité dans la ville », confie une autre source locale sous anonymat.
Cette situation alimente la peur de pillages, d’exactions et de violences, dans une ville déjà sous pression démographique et sécuritaire.
Économie paralysée, ville à l’arrêt
La société civile confirme une paralysie quasi totale des activités socio-économiques.
Selon Patrick Alimasi, président de la société civile du territoire de Fizi, les commerçants ont préféré fermer boutique.
« Toutes les activités économiques sont à l’arrêt. Les commerçants mettent des cadenas sur leurs portes par crainte de vandalisme et de pillages attribués à certains éléments armés », explique-t-il.
Les marchés sont déserts, les transports perturbés et les habitants cloîtrés chez eux, redoutant une aggravation de la situation.
Baraka, ville de repli sous forte pression
Depuis la chute d’Uvira, Baraka est devenue la principale ville de repli des FARDC et des combattants Wazalendo, mais aussi un point d’accueil pour des milliers de déplacés civils fuyant les zones de combats. Cette affluence massive exerce une pression considérable sur les capacités sécuritaires, humanitaires et logistiques de la ville.
La population locale, déjà confrontée à la précarité, craint que Baraka ne devienne à son tour un nouveau théâtre d’affrontements, si des mesures urgentes ne sont pas prises pour restaurer l’ordre et rassurer les habitants.
Inquiétudes et attentes de la population
Face à cette situation confuse et alarmante, les habitants appellent les autorités provinciales et nationales à :
- Clarifier l’origine des tirs ;
- Renforcer la discipline au sein des forces présentes en ville ;
- Assurer la protection des civils et de leurs biens ;
- Rétablir rapidement les communications et l’information locale.
En attendant, Baraka passe une nouvelle nuit sous haute tension, symbole d’un Sud-Kivu de plus en plus fragilisé par l’avancée de la guerre et l’insécurité généralisée.
Ce dimanche matin, les habitants parlent d’une accalmie mais l’angoisse est forte.
Ivan Kambere à Butembo
