Sur l’esplanade du Palais du Peuple, des milliers de Congolais se sont réunis pour une messe de requiem exceptionnelle, destinée à honorer la mémoire des victimes des violences dans l’Est de la RDC.
Des déplacés de guerre, des rescapés, des notabilités du Kivu et plusieurs personnalités politiques, dont le ministre des Droits humains, Me Samuel Mbemba, ont assisté à cet événement solennel, qui a transformé le lieu habituellement dédié aux grandes manifestations politiques en espace de mémoire et de recueillement.
La voix des victimes portée par Nabintu Balume Oline
Au cœur de cette cérémonie, Nabintu Balume Oline, Secrétaire exécutive du Collectif des Victimes de l’Agression Rwandaise (CVAR-ONGDH), a pris la parole pour rappeler l’urgence de la justice et de la réparation.
« En tant que Secrétaire exécutive du Collectif depuis sa création, je porte la voix d’un peuple meurtri, dont la souffrance s’intensifie face aux agressions répétées contre notre patrie. Malgré les menaces de l’ennemi et de ses soutiens, au sein de notre société et dans la sous-région des Grands Lacs, notre engagement demeure inébranlable », a-t-elle déclaré.
Dans un discours empreint d’émotion et de fermeté, elle a exposé l’ampleur des atrocités :
• Des massacres à grande échelle ravagent Masisi, Rutshuru, Nyiragongo, Beni, Kalehe, Mwenga, Fizi, Djugu et Irumu.
• Des villages incendiés et pillés plongent les communautés dans la désolation.
• Les jeunes sont recrutés par force, une stratégie calculée pour anéantir notre progéniture et affaiblir l’avenir de la Nation
• Les violences sexuelles de masse frappent mères, sœurs et filles, utilisées comme arme de guerre.
• Les ressources naturelles sont pillées et les récoltes acheminées vers le pays agresseur, accentuant la famine locale.
• L’histoire est falsifiée par le remplacement illégal des chefs coutumiers, légitimant artificiellement certains groupes.
« Notre dignité de peuple a été bafouée sur notre propre terre. Face à ce calvaire, notre devoir est clair : transformer notre douleur en exigence de justice. L’heure n’est plus à l’attente, mais à l’action et à la vérité historique », a-t-elle martelé.
Des recommandations claires pour le gouvernement et la communauté internationale
Dans son intervention, Nabintu Balume Oline a formulé trois recommandations majeures :
1. Au Gouvernement congolais et à la Communauté internationale
« Nous demandons, avec la ferveur d’un peuple martyr, que cette guerre lâche et imposée au peuple congolais cesse immédiatement, lui qui paie le prix de son hospitalité depuis 1994. »
2. Au Gouvernement congolais
« Nous exigeons que la voix des victimes soit intégralement prise en compte dans tous les accords à venir, que ce soit à Doha, à Washington ou ailleurs. »
3. À la Communauté internationale
« Nous demandons, au nom de l’humanité et de la justice, une réparation intégrale pour les victimes de cette guerre qui dure depuis plus de 30 ans. La paix ne peut être bâtie sur l’oubli des crimes. C’est uniquement par la justice que nous pourrons construire une réconciliation durable, au sein de la RDC et avec les peuples de la région des Grands Lacs. »
Témoignages poignants et mobilisation pour la mémoire
La cérémonie a également été marquée par des témoignages d’une rare intensité. Plusieurs déplacés de guerre et rescapés ont livré, parfois en larmes, leurs récits de survie, de perte et de souffrance.
Cette journée, à la fois douloureuse et porteuse d’espoir, a réaffirmé la détermination des victimes et de leurs défenseurs à poursuivre le combat pour une justice effective. Elle a ravivé la mobilisation autour du GENOCOST, terme utilisé pour désigner les violences de masse subies par les populations congolaises depuis près de trois décennies.
La messe et les discours ont résonné comme un appel vibrant à la conscience nationale et internationale : la paix durable ne peut être atteinte sans justice et indemnisation des victimes. L’événement a rappelé à tous que la mémoire et la vérité sont les premiers piliers pour bâtir une réconciliation véritable en RDC et dans la région des Grands Lacs.
Patrick Kalume à Lubumbashi
