Un incident d’une rare gravité s’est produit ce jeudi 19 février 2026 au parquet près le Tribunal de paix de Mambasa, dans la province de l’Ituri.
Un magistrat a publiquement giflé un avocat inscrit au Barreau de l’Ituri, en pleine procédure judiciaire et en présence du Chef de parquet, selon plusieurs sources locales concordantes.
Un incident en pleine procédure
D’après les premières informations recueillies sur place, l’incident serait survenu au cours d’un échange tendu entre le magistrat et l’avocat, alors que ce dernier défendait son client dans un dossier en instruction. Des divergences sur la conduite de l’audience et l’interprétation de certains éléments du dossier auraient dégénéré en altercation verbale, avant que le magistrat ne porte une gifle à l’avocat, sous le regard médusé des justiciables et du personnel judiciaire présents.
Des témoins parlent d’une scène « choquante » et « humiliante », survenue dans l’enceinte même du parquet, censée incarner l’autorité, la sérénité et l’impartialité de la justice.
Une onde de choc au sein du Barreau
L’acte a immédiatement suscité l’indignation au sein du Barreau de l’Ituri. Plusieurs avocats dénoncent une atteinte grave à l’honneur de la profession et une violation manifeste des principes fondamentaux régissant les relations entre magistrats et avocats.
Dans une réaction préliminaire, des membres du Barreau évoquent « un précédent dangereux » susceptible de fragiliser la collaboration indispensable entre les deux corps qui concourent à l’œuvre de justice. Ils rappellent que l’avocat, en tant qu’auxiliaire de justice, exerce sa mission dans le respect de la loi et bénéficie, à ce titre, de garanties professionnelles.
La CRDH/Mambasa dénonce un comportement incompatible avec la justice
La Convention pour le Respect des Droits Humains (CRDH), coordination territoriale de Mambasa, a condamné avec fermeté ce qu’elle qualifie de « comportement incompatible avec les valeurs de la magistrature ».
Pour la CRDH/Mambasa, cet acte constitue non seulement une atteinte à la dignité d’un professionnel du droit, mais aussi un grave préjudice porté à l’image de l’institution judiciaire dans une région déjà confrontée à de nombreux défis sécuritaires et sociaux.
« La justice doit être un espace de droit et non un lieu de violences ou d’abus d’autorité », souligne l’organisation, qui appelle à des sanctions exemplaires en cas de confirmation des faits.
Appel à une enquête et à des sanctions
Face à la gravité des faits allégués, la CRDH appelle les autorités judiciaires compétentes à diligenter sans délai une enquête sérieuse, indépendante et transparente. L’objectif, selon elle, est de faire toute la lumière sur les circonstances exactes de l’incident et de prendre les mesures disciplinaires appropriées.
Plusieurs observateurs estiment que le Conseil supérieur de la magistrature pourrait être saisi si les faits sont formellement établis, conformément aux mécanismes disciplinaires prévus en cas de manquement grave d’un magistrat.
Un test pour la crédibilité de l’institution judiciaire
Cet incident intervient dans un contexte où la population réclame davantage de professionnalisme, d’éthique et de redevabilité au sein des institutions judiciaires en République démocratique du Congo.
À Mambasa, nombreux sont ceux qui redoutent que cet événement n’entame davantage la confiance déjà fragile entre les citoyens et l’appareil judiciaire. Pour les organisations de la société civile, il est impératif que la lumière soit faite rapidement afin de préserver la crédibilité de la justice et d’éviter toute escalade des tensions entre magistrats et avocats.
En attendant une communication officielle des autorités judiciaires de l’Ituri, l’affaire continue de susciter débats et indignation au sein de l’opinion locale.
Suzanne Kalambay Mujinga
