Crise en RDC : voici ce qu’il faut savoir sur l’accord cadre entre AFC-M23 et Kinshasa de ce samedi 15 novembre

Un tournant majeur semble s’amorcer dans le long conflit qui secoue l’est de la République démocratique du Congo. Le gouvernement congolais et le mouvement armé AFC-M23 doivent signer ce samedi au Qatar un Accord-cadre destiné à encadrer la poursuite des négociations en vue d’un accord de paix global.

Selon plusieurs sources concordantes consultées par ACTUALITE.CD, il ne s’agit pas d’un accord final, mais d’un document stratégique fixant la méthodologie, le calendrier et les protocoles thématiques qui guideront les pourparlers au cours des prochaines semaines.


Un texte de référence pour structurer les discussions

D’après les mêmes sources, les deux parties devraient confirmer un cessez-le-feu permanent et renouveler leur engagement à procéder à la libération des prisonniers, conformément aux mécanismes déjà paraphés en septembre et octobre 2025.

L’Accord-cadre servira de fondement à plusieurs Protocoles spécifiques à négocier dans un délai de deux semaines après sa signature. Ces documents porteront sur :

  • L’accès humanitaire dans les zones affectées par le conflit ;
  • Les arrangements sécuritaires et le DDR (désarmement, démobilisation et réintégration) ;
  • La restauration de l’autorité de l’État dans les territoires occupés ou contestés ;
  • Le retour des déplacés et réfugiés ;
  • La relance économique locale ;
  • La justice transitionnelle et la lutte contre l’impunité.

Selon les informations recueillies, le texte met également l’accent sur la résolution des causes profondes du conflit, la lutte contre les discriminations, ainsi que le renforcement de l’unité nationale et d’une gouvernance inclusive.


Une signature longtemps attendue après l’arrivée tardive de la délégation congolaise

La délégation de Kinshasa, un temps absente, est finalement arrivée à Doha le vendredi 14 novembre au soir, permettant à la médiation qatarie soutenue par les États-Unis de maintenir le calendrier prévu et d’aboutir à la signature.

Cette étape est saluée comme un signal d’ouverture diplomatique important, alors que les combats se sont intensifiés ces dernières semaines dans le Nord-Kivu et certaines zones du Sud-Kivu.


Des tensions persistent : le M23 accuse Kinshasa de bombardements

Malgré l’annonce de la signature, le climat reste tendu. Dans un message publié sur X, Bertrand Bisimwa, cadre influent de l’AFC-M23, a dénoncé « le choix du régime de Kinshasa de poursuivre la guerre et de verser le sang des innocents à quelques heures de la signature de l’Accord-cadre ».

Le mouvement rebelle affirme que l’armée congolaise aurait bombardé le village de Mikenke, où se trouverait un camp de déplacés banyamulenge. Des accusations que les FARDC n’ont, pour l’heure, ni confirmées ni démenties.


Analyse : un accord symbolique, mais pas encore décisif

Pour certains observateurs, l’Accord-cadre ne constitue qu’un nouveau document déclaratif sans véritable rupture avec les précédentes initiatives.

« Il est annoncé la signature ce samedi 15 novembre d’un Accord-cadre (…) et non d’un Accord de paix complet. (…) La réalité est que l’on est toujours dans la réaffirmation des principes, et non encore dans les négociations directes et les concessions réciproques pour une paix durable », analyse l’ancien député Juvénal Munubo.

Celui-ci appelle à la prudence et exhorte les deux camps à éviter que ce nouveau texte ne devienne « un document de trop », sans impact réel sur la sécurité des populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les violences persistent.


Vers une reprise progressive du processus de paix ?

La signature de cet Accord-cadre ouvre néanmoins la voie à des discussions plus structurées sous l’égide de la médiation internationale. La communauté diplomatique espère que cette étape marquera le début d’une désescalade durable, même si de nombreux défis restent à surmonter.

La situation humanitaire, les tensions intercommunautaires, la présence d’acteurs armés étrangers et l’instabilité politique dans les zones de conflit demeurent autant d’obstacles sur la route d’une paix effective.


La RDC entre espoir et prudence

Alors que Doha accueille cette nouvelle tentative de rapprochement, les populations du Kivu attendent avec impatience des signes concrets d’amélioration.

Sur le terrain, l’urgence demeure : sécuriser les civils, permettre l’accès aux humanitaires, et reconstruire un tissu social fragilisé par plus d’une décennie de conflit.

L’Accord-cadre signé ce samedi apparaîtra donc, pour beaucoup, comme une étape nécessaire mais insuffisante : un jalon vers la paix, à condition que les engagements soient suivis d’actes.


Muller Mundeke Kalonji

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