L’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) a annoncé, ce lundi, le retrait unilatéral de ses forces de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo.
Une décision majeure, présentée par le mouvement comme un geste de bonne foi en faveur du processus de paix de Doha, mais qui intervient dans un contexte diplomatique particulièrement tendu, marqué par une pression accrue des États-Unis sur Kigali.
Alors, s’agit-il d’un véritable tournant vers la désescalade ou d’un repositionnement stratégique ?
Une annonce présentée comme un « acte de confiance »
Dans un communiqué officiel, le coordinateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, affirme que ce retrait s’inscrit dans la dynamique des avancées enregistrées à Doha, notamment après la signature de l’Accord-cadre de Doha le 15 novembre 2025.
Selon le mouvement, cette décision vise à « offrir au processus de paix les meilleures chances de succès » et à poser les bases de solutions durables à un conflit qui ensanglante l’est de la RDC depuis des années.
L’AFC/M23 reconnaît avoir agi à la suite d’une demande explicite de la médiation américaine, soulignant ainsi le rôle central joué par Washington dans les négociations actuelles.
Un retrait assorti de conditions strictes
Malgré ce geste, l’AFC/M23 se montre prudente. Le mouvement rappelle les échecs passés de mesures similaires, qu’il accuse les FARDC et leurs alliés notamment les groupes Wazalendo d’avoir exploité pour reprendre des positions ou s’en prendre à des civils perçus comme favorables à l’Alliance.
Ainsi, le retrait d’Uvira est conditionné à plusieurs garanties sécuritaires clés :
- la démilitarisation totale de la ville d’Uvira ;
- la protection des populations civiles et des infrastructures stratégiques ;
- la surveillance effective du cessez-le-feu par une force neutre et crédible.
L’AFC/M23 met également en garde contre toute tentative des FARDC, des Wazalendo ou de leurs alliés de profiter de ce retrait pour avancer militairement, prévenant que de tels actes compromettraient gravement le processus de paix.
Washington hausse le ton : un facteur décisif ?
Cette annonce survient alors que les États-Unis ont considérablement durci leur position face à l’escalade militaire autour d’Uvira.
Plusieurs responsables américains ont publiquement exprimé leur inquiétude :
“Les actions du Rwanda dans l’est de la RDC constituent une violation claire des accords de Washington signés par le président Trump. Et les États-Unis prendront des mesures pour garantir le respect des engagements pris envers le président.” C’est ce qu’avait déjà écrit samedi 13 décembre le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, sur X.
Cette déclaration renforce l’idée que la pression américaine a pesé lourd dans la décision de l’AFC/M23, voire de ses soutiens régionaux.
Une situation encore floue sur le terrain
Malgré l’annonce officielle du retrait, des sources locales signalent que des éléments de l’AFC/M23 se trouvent déjà au-delà d’Uvira, notamment dans la zone de Makobola et près de Mboko, soulevant des interrogations sur la portée réelle de ce désengagement et sur les lignes de contrôle effectives.
Par ailleurs, l’AFC/M23 affirme ne pas autoriser que les zones qu’il contrôle servent de bases arrière à d’autres groupes armés hostiles, notamment ceux opérant contre le Burundi. Une position présentée comme un effort pour préserver les relations de bon voisinage dans la région des Grands Lacs.

Un tournant décisif ou une pause tactique ?
L’annonce du retrait d’Uvira constitue indéniablement un signal politique fort dans le cadre du processus de Doha. Toutefois, son impact réel dépendra de plusieurs facteurs dont :
La mise en place effective des mécanismes de sécurité, le respect du cessez-le-feu par toutes les parties, et la capacité des médiateurs internationaux à transformer ce geste unilatéral en dynamique durable de paix.
Une chose est sûre : Uvira devient aujourd’hui un test grandeur nature pour la crédibilité du processus de Doha et pour l’influence diplomatique américaine dans la résolution de la crise sécuritaire à l’est de la RDC.
Patrick Kalume Mwanawabandu
