Au lendemain de la création du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), une plateforme politico-militaire dirigée par l’ancien président congolais Joseph Kabila Kabange, le général-major Emmanuel Sultani Makenga, présenté comme chef d’état-major général de l’Armée révolutionnaire congolaise (ARC), s’est rendu auprès des combattants à Rumangabo, au Nord-Kivu.
Cette visite intervient dans un contexte de tensions persistantes dans l’Est de la République démocratique du Congo, marqué par de nouveaux affrontements et des déclarations faisant état d’ambitions militaires dans plusieurs provinces du pays.
Selon les informations rapportées, Sultani Makenga a appelé les combattants à se tenir prêts pour ce qu’il présente comme une opération de « libération » de la RDC de la « tyrannie » qu’il attribue au pouvoir du président Félix-Antoine Tshisekedi. Cette rhétorique s’inscrit dans la ligne politique affichée par le FRN depuis son lancement à Goma, les 12 et 13 octobre 2026.
La visite à Rumangabo intervient alors que la nouvelle plateforme cherche à afficher sa cohésion et à préciser ses orientations politiques et militaires. Toutefois, les informations disponibles ne permettent pas encore d’établir un calendrier précis des éventuelles opérations annoncées ni d’en confirmer les objectifs opérationnels.
Le FRN affiche ses ambitions militaires
La création du Front pour la Refondation de la Nation marque une nouvelle étape dans la structuration des forces opposées au gouvernement de Kinshasa. D’après une déclaration politique rendue publique à Goma, les 10 et 11 octobre, les signataires ont désigné Joseph Kabila Kabange à la présidence du mouvement.
Corneille Nangaa Yobeluo et Bertrand Bisimwa ont été nommés vice-présidents, tandis que Sultani Makenga, chef d’état-major général de l’Armée révolutionnaire congolaise, s’est également vu attribuer le rang de vice-président. Freddy Rukema Kaniki a été désigné secrétaire général et coordonnateur du comité exécutif.
Dans cette déclaration, le FRN affirme vouloir fédérer et coordonner les forces qu’il qualifie de résistance afin de mettre fin à ce qu’il considère comme une tyrannie. Le mouvement évoque explicitement le recours à la force parmi les moyens susceptibles d’être utilisés pour atteindre ses objectifs.
Le document annonce également la fin de l’existence de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), à laquelle le FRN affirme succéder de plein droit. Cette réorganisation place désormais la nouvelle plateforme au centre des enjeux politiques et militaires liés au conflit dans l’Est du pays.
Cette évolution suscite des interrogations sur les conséquences de cette nouvelle configuration pour les initiatives de paix en cours, notamment les discussions engagées à Doha entre les parties impliquées dans la crise sécuritaire congolaise.
Lubero, Butembo, Beni et Bunia évoquées comme objectifs
Parallèlement à la visite de Sultani Makenga à Rumangabo, le colonel Alfred Musubao aurait déclaré à Goma que les troupes entendaient progresser vers Lubero, Butembo et Beni, au Nord-Kivu, ainsi que vers Bunia, dans la province de l’Ituri.
Selon les propos qui lui sont attribués, cette progression viserait notamment à mettre fin aux tueries de civils qui continuent d’être signalées dans ces régions.
Ces déclarations, si elles traduisent les ambitions affichées par les responsables du mouvement, ne constituent toutefois pas une confirmation d’une offensive imminente sur ces différentes agglomérations. À ce stade, aucun calendrier opérationnel détaillé ni aucune confirmation indépendante d’une progression militaire vers ces destinations n’ont été établis dans les sources consultées.
Les villes et territoires cités se trouvent dans une région confrontée depuis plusieurs années à des violences armées impliquant différents groupes. Toute nouvelle extension des combats pourrait accentuer les inquiétudes des populations civiles, déjà éprouvées par les déplacements forcés, les restrictions de circulation et les difficultés d’accès aux services essentiels.
Au Sud-Kivu, Twiraneho évoque une reprise d’Uvira
Au Sud-Kivu, des officiers du mouvement Twiraneho, présenté dans les informations communiquées comme intégré au FRN, auraient également exprimé leur intention de reprendre la ville d’Uvira.
Cette déclaration intervient dans un contexte sécuritaire toujours fragile dans la province, où les affrontements et les changements de contrôle de certaines localités ont provoqué des déplacements de populations au cours des derniers mois.
Toutefois, l’intention annoncée de reprendre Uvira doit être distinguée d’une opération militaire effectivement engagée. Les informations disponibles ne permettent pas de confirmer qu’une offensive visant cette ville a été déclenchée à la suite de cette déclaration.
L’évolution de la situation dans cette partie du Sud-Kivu demeure un enjeu important pour les habitants, les acteurs humanitaires et les autorités locales, notamment en raison de la position stratégique d’Uvira et de sa proximité avec la frontière burundaise.
Nouveaux affrontements signalés à Rutshuru
Sur le terrain, la situation reste également tendue au Nord-Kivu. Radio Okapi a rapporté, le 13 octobre 2026, des combats autour de Kiseguro, dans le territoire de Rutshuru, entre des combattants présentés comme des Wazalendo et des éléments de l’AFC/M23, désormais intégrée à la nouvelle configuration du FRN.
Dans le territoire voisin de Masisi, la situation sécuritaire restait également préoccupante autour de Rubaya et de Ngungu, selon les informations relayées par le média.
Ces affrontements s’inscrivent dans la continuité des combats opposant les forces gouvernementales, appuyées par les Wazalendo, aux combattants de l’AFC/M23. Au cours des dernières semaines, plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont été le théâtre de combats, avec des situations de contrôle territorial parfois changeantes.
Le 7 octobre, Radio Okapi faisait notamment état d’affrontements sur l’axe Ngungu et autour du centre de Katoyi, dans le territoire de Masisi, ainsi que de combats dans le groupement Ufamandu Ier. La situation était alors décrite comme volatile, sans bilan consolidé des affrontements.
Des inquiétudes autour des processus de paix
La création du FRN et les déclarations militaires attribuées à certains de ses responsables interviennent alors que plusieurs initiatives diplomatiques cherchent à favoriser une désescalade du conflit dans l’Est de la RDC.
Selon Associated Press, la mise en place de cette nouvelle coalition, qui rassemble notamment des acteurs précédemment associés à l’AFC/M23, pourrait compliquer les négociations en cours à Doha. Des observateurs cités par l’agence estiment que cette nouvelle configuration risque de rendre plus difficile la recherche d’un règlement politique et sécuritaire.
La formation du FRN ne signifie cependant pas, à elle seule, que les discussions diplomatiques ont pris fin. Leur évolution dépendra notamment des positions des différentes parties, de leurs engagements et de la situation sur le terrain.
Les populations civiles au centre des préoccupations
Alors que les responsables du FRN affichent leurs ambitions politiques et militaires, les populations de l’Est de la RDC restent exposées aux conséquences des affrontements. Dans les zones touchées, les combats peuvent entraîner de nouveaux déplacements, perturber les activités économiques et compliquer l’accès aux soins, à l’éducation et à l’aide humanitaire.
L’éventuelle extension des opérations vers Lubero, Butembo, Beni ou Bunia, ainsi que les déclarations concernant Uvira, suscite donc des interrogations sur les risques d’une aggravation du conflit.
À ce stade, les intentions militaires rapportées doivent être distinguées des mouvements de troupes effectivement confirmés. L’évolution de la situation dépendra des développements sur le terrain, tandis que la protection des civils et la poursuite des efforts diplomatiques demeurent des enjeux majeurs pour la région.
La visite de Sultani Makenga à Rumangabo apparaît ainsi comme un signal de mobilisation au lendemain de la création du FRN. Reste à savoir si les ambitions affichées par ses responsables se traduiront par de nouvelles opérations militaires ou si les initiatives diplomatiques pourront contribuer à contenir l’escalade dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Ilunga Mubidi Oscar
