Crise en RDC : Le réseau mobile MTN du Rwanda installé à Rutsuru

La situation sécuritaire déjà préoccupante dans l’Est de la République démocratique du Congo prend une nouvelle dimension avec la détection d’équipements de télécommunications appartenant à l’opérateur rwandais MTN dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, une zone largement affectée par la guerre menée par la rébellion de l’AFC/M23.

Selon plusieurs sources locales concordantes, des répéteurs et autres équipements techniques de MTN Rwanda ont été installés sur des antennes situées à Rutshuru-centre, précisément dans le quartier Murambi. Cette installation permettrait au réseau rwandais de couvrir une partie du territoire congolais, offrant ainsi des services de téléphonie mobile et surtout d’Internet dans une zone où les réseaux nationaux sont fortement perturbés.

Des cartes SIM MTN en circulation à Rutshuru et Kiwanja

Conséquence directe de cette couverture transfrontalière, des cartes SIM MTN Rwanda sont désormais vendues et utilisées à Rutshuru-centre ainsi qu’à Kiwanja, rapportent des habitants interrogés sur place. Plusieurs usagers reconnaissent avoir recours à ces SIM étrangères afin de maintenir un accès minimal à Internet, devenu instable voire inexistant via les opérateurs congolais.

Cette ruée vers le réseau rwandais intervient dans un contexte de fortes perturbations des services Internet et téléphoniques observées ces dernières semaines dans la région.

Vodacom évoque une panne internationale, mais le contexte local pèse

Dans un communiqué publié antérieurement, Vodacom Congo a attribué ces dysfonctionnements à un incident technique majeur affectant le système international de câbles sous-marins WACS (West Africa Cable System), entraînant des perturbations de l’accès à Internet sur l’ensemble du territoire national.

Si cette explication concerne l’échelle nationale, la situation sécuritaire particulière de Rutshuru, marquée par la présence de groupes armés et des combats récurrents, aggrave la fragilité des infrastructures locales, compliquant davantage la continuité et la maintenance des réseaux congolais.

De lourdes interrogations réglementaires et souverainistes

La présence d’infrastructures d’un opérateur étranger opérant de facto sur le sol congolais soulève toutefois de sérieuses questions réglementaires, sécuritaires et souverainistes. En RDC, l’exploitation des réseaux de télécommunications est strictement encadrée par la loi et relève des compétences exclusives des autorités nationales, notamment l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC).

À ce stade, aucune communication officielle des autorités congolaises n’a encore confirmé ni infirmé l’installation de ces équipements, ni précisé l’existence éventuelle d’autorisations formelles. Cette situation alimente les inquiétudes au sein de l’opinion publique, d’autant plus qu’elle intervient dans un contexte de conflit armé impliquant directement le Rwanda, régulièrement accusé par Kinshasa de soutenir la rébellion du M23.

Un enjeu stratégique dans une zone de guerre

Au-delà de l’aspect technique, cette affaire met en lumière l’importance stratégique des télécommunications dans une zone de conflit, où le contrôle des réseaux peut influencer la circulation de l’information, la coordination des acteurs sur le terrain et la vie quotidienne des populations civiles.

Alors que les habitants de Rutshuru cherchent avant tout à rester connectés pour des raisons pratiques et sécuritaires, la question du respect de la souveraineté numérique de la RDC demeure entière et pourrait rapidement s’inviter au cœur des débats politiques et diplomatiques entre Kinshasa et Kigali.


Ivan Kambere à Butembo

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