Les relations longtemps tendues entre le Burundi et le Rwanda pourraient-elles amorcer un nouveau tournant ? Un signal fort vient d’être lancé depuis Bujumbura par le président burundais Évariste Ndayishimiye, qui s’est dit disposé à coopérer avec Kigali, notamment sur la délicate question sécuritaire, en vue de restaurer des relations de bon voisinage entre les deux pays.
Une main tendue sur fond de coopération sécuritaire
C’est à l’occasion de la cérémonie d’échange de vœux avec le corps diplomatique, tenue récemment à Bujumbura, que le chef de l’État burundais a formulé cette ouverture. Devant les diplomates accrédités au Burundi, Évariste Ndayishimiye a évoqué la possibilité d’une collaboration avec le Rwanda pour l’extradition des responsables du groupe armé Red-Tabara, qualifié de mouvement terroriste par les autorités burundaises.
Selon Bujumbura, ce groupe rebelle opère depuis l’extérieur du pays et serait impliqué dans plusieurs attaques armées contre des positions burundaises. Le président Ndayishimiye estime que la coopération judiciaire et sécuritaire avec les pays voisins, en particulier le Rwanda, est indispensable pour garantir la stabilité régionale.
Red-Tabara, au cœur du contentieux
Le dossier Red-Tabara constitue depuis plusieurs années l’un des principaux points de friction entre les deux capitales. Le Burundi accuse régulièrement Kigali de tolérer, voire de soutenir, certains éléments de ce mouvement rebelle. Des accusations que le Rwanda a toujours vigoureusement rejetées, dénonçant à son tour ce qu’il qualifie de campagnes de désinformation.
En se disant prêt à travailler avec Kigali sur ce dossier, Évariste Ndayishimiye semble vouloir désamorcer un contentieux sécuritaire majeur et ouvrir la voie à une normalisation progressive.
Une relation glaciale depuis des années
Les relations diplomatiques entre le Burundi et le Rwanda sont froides depuis près d’une décennie, marquées par des fermetures de frontières, des accusations croisées et une méfiance persistante.
Bujumbura reproche à Kigali d’avoir soutenu des groupes armés hostiles à son régime, tandis que le Rwanda accuse le Burundi d’être militairement engagé aux côtés des FARDC et des groupes armés locaux (Wazalendo) dans le conflit opposant l’armée congolaise à la rébellion de l’AFC-M23 dans l’est de la RDC.
Ces divergences ont contribué à une polarisation régionale, aggravant l’instabilité dans la région des Grands Lacs.
Un contexte régional favorable à l’apaisement ?
Cette main tendue intervient dans un contexte régional marqué par des initiatives diplomatiques accrues en faveur de la désescalade, notamment sous l’impulsion de l’EAC, de l’Union africaine et de certains médiateurs régionaux. Plusieurs observateurs estiment que la normalisation entre Kigali et Bujumbura pourrait avoir un impact positif sur la stabilité de l’est de la RDC, où s’entrecroisent intérêts sécuritaires et alliances militaires.
Vers une reprise du dialogue bilatéral ?
Si aucun calendrier officiel de rencontre bilatérale n’a encore été annoncé, les propos du président burundais sont perçus comme un geste politique fort. Reste à savoir si Kigali répondra favorablement à cette ouverture et si elle se traduira par des actes concrets, notamment la relance des mécanismes de dialogue, la coopération sécuritaire et, à terme, la normalisation diplomatique complète.
Pour de nombreux analystes, le réchauffement des relations entre le Rwanda et le Burundi serait un pas décisif vers une stabilité durable dans la région des Grands Lacs, longtemps minée par les rivalités politiques et les conflits armés transfrontaliers.
Ilunga Mubidi Oscar
