Les initiatives diplomatiques visant à mettre fin à la crise sécuritaire persistante dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) connaissent une accélération notable.
Sous l’impulsion renouvelée de l’Angola et avec l’appui de l’Union africaine (UA), les lignes bougent autour d’un objectif central : poser les bases d’un dialogue national inclusif capable de déboucher sur une paix durable.
L’Angola relance son offensive diplomatique
Jeudi 15 janvier 2026, le ministre angolais des Relations extérieures, Téte António, a été reçu à Kinshasa par le président congolais Félix Tshisekedi. Émissaire spécial du président angolais João Manuel Gonçalves Lourenço, également président en exercice de l’Union africaine, il était porteur d’un message verbal adressé au chef de l’État congolais.
Selon la Présidence angolaise, cette rencontre s’inscrit dans le cadre des efforts politico-diplomatiques intensifiés en faveur de la paix et de la stabilité dans l’est de la RDC, une région toujours secouée par des affrontements entre les Forces armées congolaises (FARDC), appuyées par les Wazalendo, et la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda selon plusieurs rapports des Nations unies.
Cette mission intervient dans un contexte particulier : après avoir annoncé en mars 2025 son retrait du rôle de médiateur principal dans la crise congolaise, l’Angola effectue aujourd’hui un retour progressif mais stratégique, multipliant les consultations avec l’ensemble des parties concernées.
La CENCO et l’ECC, catalyseurs d’un dialogue inclusif
En amont de cette visite à Kinshasa, le président João Lourenço avait reçu à Luanda une délégation conjointe de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC). Les deux confessions religieuses, très influentes au sein de la société congolaise, ont plaidé pour un dialogue national inclusif, sans exclusion, réunissant les forces politiques, sociales, communautaires et armées.
Les échanges ont convergé sur un point clé : le processus de dialogue doit commencer sans délai, afin de répondre aux causes profondes du conflit, notamment la gouvernance, la sécurité, la cohésion nationale et les ingérences extérieures.
Lomé, nouveau carrefour diplomatique africain
Ces démarches s’articulent avec un rendez-vous majeur prévu ce samedi 17 janvier 2026 à Lomé, au Togo, sous l’égide du président togolais Faure Gnassingbé, désigné médiateur par l’Union africaine.
La capitale togolaise accueille déjà le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, ainsi que le panel des facilitateurs africains, composé de plusieurs anciens chefs d’État :
- Olusegun Obasanjo (Nigeria),
- Uhuru Kenyatta (Kenya),
- Sahle-Work Zewde (Éthiopie),
- Mokgweetsi Masisi (Botswana),
- Catherine Samba-Panza (République centrafricaine).
Uhuru Kenyatta a d’ailleurs pris part à une réunion de haut niveau à Lomé, consacrée à la médiation africaine pour la paix dans l’est de la RDC, aux côtés de ses pairs.
À cette occasion, Mahmoud Ali Youssouf a rappelé la doctrine de l’UA : « des solutions africaines aux problèmes africains », soulignant la nécessité d’une approche coordonnée, inclusive et régionale impliquant la RDC, le Rwanda et les pays voisins des Grands Lacs.
Objectif : harmoniser les initiatives existantes
L’un des enjeux majeurs du sommet de Lomé est d’éviter la dispersion des efforts diplomatiques. Ces dernières années, plusieurs processus ont été lancés, notamment ceux de Nairobi, Luanda et plus récemment Doha, sans parvenir à une cessation durable des hostilités.
Les médiateurs africains entendent donc harmoniser ces initiatives, définir un calendrier réaliste et créer un cadre politique cohérent susceptible de restaurer la confiance entre les parties.
Réserves et divergences au sein de la classe politique congolaise
Malgré cette dynamique, le projet de dialogue national inclusif ne fait pas l’unanimité.
L’AFC/M23 affirme attendre des clarifications de la part de l’Angola, estimant être déjà engagé avec le gouvernement congolais dans le processus de Doha.
De son côté, le mouvement Sauvons la RDC, proche de l’ancien président Joseph Kabila, se montre prudent. Il plaide pour la finalisation des mécanismes déjà en cours, en particulier celui de Doha, avant l’ouverture d’un dialogue plus large impliquant l’ensemble des forces sociopolitiques du pays.
Une paix encore fragile, mais une fenêtre d’opportunité
Alors que les combats se poursuivent sur le terrain et que la situation humanitaire demeure critique dans l’est du pays, les efforts diplomatiques actuels ouvrent néanmoins une fenêtre d’opportunité rare. Le succès du dialogue national inclusif dépendra de la volonté politique réelle des acteurs, de la coordination régionale et internationale, mais aussi de l’adhésion des Congolais eux-mêmes.
À Lomé comme à Kinshasa, l’Afrique joue désormais sa crédibilité dans la résolution de l’un des conflits les plus complexes et les plus anciens du continent.
Ilunga Mubidi Oscar
