RDC : la société civile de l’Est dénonce une nouvelle escalade des exactions attribuées aux forces rwandaises sous couvert du M23/AFC

Les organisations de la société civile, les leaders d’opinion et plusieurs défenseurs des droits humains de l’Est de la République démocratique du Congo tirent une nouvelle fois la sonnette d’alarme face à ce qu’ils qualifient de grave recrudescence des exactions commises par les forces rwandaises opérant sous l’appellation du mouvement rebelle M23/AFC dans les zones sous occupation.

Dans une déclaration conjointe rendue publique ce lundi 22 décembre 2025, ces acteurs dénoncent des pratiques qu’ils jugent contraires au droit international humanitaire et aux principes fondamentaux des droits humains, soulignant que ces violences persistent en dépit des multiples initiatives diplomatiques engagées par le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le gouvernement congolais et les partenaires internationaux.

Des civils contraints à une marche de soutien forcée

Selon plusieurs témoignages concordants recueillis par la société civile locale, des populations civiles auraient été forcées de participer à une marche présentée comme un rassemblement de soutien au M23/AFC, sous la menace de représailles.

Les faits se seraient déroulés aux premières heures de la matinée de ce lundi 22 décembre 2025, aux alentours de 7h21, dans la ville de Goma et sur plusieurs axes du territoire de Nyiragongo. Des dispositifs militaires attribués aux forces rwandaises auraient été déployés dans différents points stratégiques des zones occupées.

Conséquence directe : boutiques, alimentations et marchés sont restés fermés, les commerçants ayant été sommés de rejoindre ce rassemblement, paralysant ainsi les activités économiques et accentuant la précarité déjà criante des populations locales.

Un communiqué vivement contesté par la société civile

Les organisations citoyennes rejettent par ailleurs le communiqué signé le 21 décembre 2025 par Lawrence Kanyuka, porte-parole du M23/AFC. Elles estiment que ce document vise à légitimer une présence armée et des prétendus acquis que, selon elles, « la population n’a jamais reconnus ».

Pour ces acteurs, il s’agit d’une manœuvre de communication destinée à détourner l’attention des efforts de médiation régionaux et internationaux en cours, pendant que les communautés locales continuent de subir assassinats, déplacements forcés et autres violations graves des droits humains.

Ils rappellent également qu’un incident similaire s’est produit le 16 décembre 2025 à Uvira, dans le Sud-Kivu, où des sources locales font état de nombreuses pertes en vies humaines, renforçant le climat de peur et d’insécurité dans la région.

Des médiations internationales saluées, mais jugées insuffisantes

La société civile de l’Est salue toutefois les initiatives diplomatiques en cours, notamment la médiation conduite par le Qatar, l’implication de la diplomatie américaine, ainsi que les efforts continus de la communauté internationale pour tenter de ramener la paix dans l’Est de la RDC.

Cependant, elle insiste sur la nécessité de passer des déclarations aux actes, estimant que la situation humanitaire et sécuritaire sur le terrain exige des mesures concrètes et immédiates.

Des exigences claires adressées à la communauté internationale

Dans leur déclaration, les organisations de la société civile et les leaders d’opinion formulent plusieurs revendications majeures, notamment :

• L’application effective de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en février,

• Le respect strict de l’accord de principe signé à Doha entre la RDC et le M23,

• L’accélération de la mise en œuvre de l’accord RDC–UE–Rwanda, jugé crucial pour réduire les souffrances des populations civiles et stabiliser la région.

Selon eux, ces engagements ne produiront des résultats que s’ils sont appliqués « avec sérieux, transparence et bonne foi par toutes les parties impliquées ».

Un appel solennel à la responsabilité collective

Les signataires avertissent que sans une mise en œuvre rigoureuse, ces accords risquent de demeurer de simples déclarations politiques, sans impact réel sur le quotidien des Congolais victimes de cette guerre prolongée.

Témoignage depuis l’Est

Joint par téléphone par notre rédaction, Jean-Luc Mukanda, notable de l’Est et activiste des droits humains, réaffirme la détermination de la société civile à documenter et dénoncer toutes les violations des droits fondamentaux.

« Trop, c’est trop. Nous en avons assez de compter nos morts et de vivre dans la peur. La dignité humaine doit primer », a-t-il déclaré.

Muller Mundeke Kalonji à Beni

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