La situation sécuritaire demeure confuse et préoccupante dans la ville d’Uvira, au Sud-Kivu.
Contrairement aux annonces récentes faisant état d’un retrait progressif de ses combattants, la rébellion de l’AFC/M23 continue de poser des actes forts sur le terrain.
Ce samedi 20 décembre, une statue à l’effigie du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a été démolie dans le quartier Kasenga, sur ordre présumé de ce mouvement armé.
Une démolition imposée lors du « Salongo »
Selon plusieurs sources locales concordantes, la destruction de ce monument présidentiel est intervenue dans le cadre des travaux communautaires communément appelés « Salongo », imposés chaque samedi dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23. Des habitants affirment avoir été contraints de participer à cette opération sous la supervision des éléments rebelles.
« Ba chefs bame tuambiya tuki bomole », témoignent certains riverains en swahili, une expression qui se traduit en français par : « Les chefs nous ont ordonné de le détruire ».
Ces témoignages laissent entendre que la population locale n’aurait agi ni de son propre gré ni par conviction, mais sous pression directe des autorités rebelles installées dans la zone.
Un symbole politique visé
Érigée à Kasenga, la statue du président Félix Tshisekedi constituait un symbole de l’autorité de l’État congolais dans cette partie de la province du Sud-Kivu. Sa démolition est perçue par de nombreux observateurs comme un acte politique fort, traduisant la volonté de l’AFC/M23 de marquer son emprise territoriale et de défier ouvertement le pouvoir central.
Cet acte intervient dans un contexte particulièrement sensible, alors que la communauté nationale et internationale suit de près l’évolution de la situation à Uvira après l’annonce, jugée controversée, du retrait des rebelles.
Une présence rebelle toujours signalée
En dépit des déclarations de l’AFC/M23 annonçant son désengagement de la ville d’Uvira, plusieurs sources sécuritaires et civiles rapportent la présence persistante des combattants M23/RDF dans différentes zones environnantes. Des mouvements rebelles sont notamment signalés à Makobola ainsi que dans les environs de Kiliba, semant la peur au sein des populations locales.
Cette réalité sur le terrain remet sérieusement en cause la crédibilité de l’annonce de retrait faite par la rébellion et renforce les inquiétudes quant à une possible reconfiguration de ses positions plutôt qu’un départ effectif.
Une population prise en étau
Entre intimidations, travaux forcés et incertitudes sécuritaires, la population d’Uvira continue de payer le lourd tribut de cette crise. La démolition de la statue présidentielle apparaît ainsi comme un nouvel épisode illustrant la fragilité de l’autorité de l’État dans les zones affectées par le conflit armé à l’Est de la République démocratique du Congo.
Alors que Kinshasa et ses partenaires multiplient les efforts diplomatiques et militaires pour restaurer la paix, les habitants d’Uvira, eux, attendent des actes concrets susceptibles de mettre fin à l’occupation rebelle et de garantir leur sécurité ainsi que le respect de leur dignité.
Muller Mundeke Kalonji
