Crise RDC/M23 : des militaires de l’EAC bientôt déployés comme nouvelle force neutre ?

La perspective d’un nouveau déploiement militaire régional en République démocratique du Congo refait surface.

Selon plusieurs sources concordantes, la Force régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) pourrait être à nouveau envoyée dans l’Est du pays, dans un contexte marqué par l’annonce du retrait annoncé des rebelles de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira, chef-lieu provisoire du Sud-Kivu depuis la délocalisation des institutions provinciales à Baraka.

Le retrait annoncé du M23 et les conditions posées

Dans un communiqué récemment publié, l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) a annoncé son intention de se retirer unilatéralement de la ville d’Uvira, présentant cette décision comme un geste de confiance en faveur du processus de paix en cours.

Toutefois, ce retrait est assorti de plusieurs conditions, dont la principale reste la mise en place d’une force dite “neutre” chargée de sécuriser la ville après le départ de ses combattants.

Le mouvement rebelle affirme refuser catégoriquement que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par les combattants Wazalendo, reprennent le contrôle immédiat de la ville, craignant ce qu’il qualifie de « représailles » ou de « provocations ». Dans cette optique, la force régionale de l’EAC apparaît, aux yeux du M23, comme une option acceptable.

Le précédent de la force régionale de l’EAC

Pour rappel, la Force régionale de l’EAC avait déjà été déployée entre 2022 et 2023 dans plusieurs zones sensibles du Nord-Kivu, notamment dans les territoires de Masisi, Rutshuru et Nyiragongo. Cette force était alors composée de contingents venus du Kenya, du Burundi, de l’Ouganda et du Soudan du Sud.

À l’époque, son mandat consistait à s’interposer entre les belligérants, stabiliser certaines zones et faciliter le processus politique. Cependant, son déploiement avait suscité de vives critiques au sein de l’opinion congolaise, certains l’accusant d’inaction, voire de complaisance envers le M23. Ces critiques avaient finalement conduit à son retrait progressif du territoire congolais.

Des troupes kényanes prêtes à revenir ?

Selon une source sécuritaire citée par notre rédaction, des éléments kényans sous la bannière de l’EAC seraient techniquement prêts à être redéployés, si un consensus politique venait à être trouvé entre les États membres et les autorités congolaises. Aucune annonce officielle n’a cependant été faite à ce stade.

Inquiétudes du côté des Wazalendo

Cette éventualité suscite de fortes inquiétudes au sein des groupes d’autodéfense Wazalendo et de certaines couches de la société civile. Une source proche de ces combattants met en garde contre ce qu’elle considère comme un « piège stratégique » :

« Il faut être très prudent avec ce retrait de l’armée rwandaise d’Uvira assorti de conditions. L’objectif serait de laisser la place à des forces alliées, notamment de l’EAC l’Ouganda, le Soudan du Sud et le Kenya afin de permettre à l’armée rwandaise de se concentrer sur l’axe Nord, notamment Beni–Walikale–Ituri vers Kisangani. Si les États-Unis exigent réellement le retrait de l’armée rwandaise, le gouvernement congolais doit s’assurer que les zones libérées repassent sous le contrôle exclusif des FARDC, et non d’une autre force étrangère. »

L’option MONUSCO remise sur la table

Parallèlement, une autre source diplomatique indique que des discussions seraient en cours à New York afin d’examiner la possibilité d’un mandat spécifique pour la MONUSCO, lui permettant d’assurer la sécurisation d’Uvira et d’autres zones sensibles susceptibles d’être concernées par des retraits militaires.

La Mission des Nations unies dispose encore d’un dispositif logistique et militaire important en RDC, malgré le processus de retrait progressif engagé dans certaines provinces. Un tel mandat nécessiterait toutefois l’aval du Conseil de sécurité et l’accord formel du gouvernement congolais.

Une équation sécuritaire toujours complexe

À ce stade, aucune décision officielle n’a été annoncée, ni par les autorités congolaises, ni par l’EAC, ni par les Nations unies. La situation reste donc fluide et hautement sensible, dans un contexte régional marqué par des jeux d’alliances, des pressions diplomatiques internationales et une méfiance persistante entre les acteurs armés.

Les prochains jours, voire les prochaines semaines, seront déterminants pour savoir quelle force assurera effectivement la sécurité d’Uvira et sous quel mandat. Notre rédaction continue de suivre de près l’évolution de ce dossier aux enjeux sécuritaires majeurs pour le Sud-Kivu et l’ensemble de l’Est de la RDC.


Muller Mundeke Kalonji

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