La ville de Baraka a vécu une nouvelle nuit de terreur, plongeant ses habitants dans une profonde angoisse.
Ce samedi 13 décembre, la troisième agglomération du Sud-Kivu, forte d’environ 300 000 habitants et située dans le territoire de Fizi, s’est réveillée paralysée, au rythme d’une journée ville morte observée spontanément par une population déboussolée et inquiète face à la dégradation continue de la situation sécuritaire.
Une nuit de pillages et de violences
Selon plusieurs sources locales concordantes, la nuit de vendredi à samedi a été marquée par de nombreux pillages, principalement dans la commune de Baraka-centre, notamment dans les quartiers Madjengo II, Malala et Macampagne, ainsi que dans certains secteurs de la commune de Katanga.
Au moins une trentaine de maisons ont été visitées par des hommes armés. Le bilan humain est tout aussi alarmant : quatre jeunes filles auraient été violées, ravivant l’indignation et la peur au sein de la communauté.
Dans la matinée de ce samedi, vers 10 heures locales, des échanges de tirs ont été signalés dans la commune de Katanga. Ces accrochages auraient opposé des éléments des FARDC à des combattants Wazalendo. Un militaire a perdu la vie au cours de ces incidents, tandis qu’un civil a été grièvement blessé, selon des témoins.
Une ville paralysée par la peur
Depuis trois jours, écoles, marchés, commerces et boutiques sont restés fermés. La vie socio-économique est quasiment à l’arrêt. Les rues, habituellement animées, sont désertes.
« On ne comprend plus rien.
Qui contrôle quoi ? Qui nous protège ? », s’interroge un habitant rencontré dans le centre-ville. Cette confusion généralisée alimente une psychose collective, poussant plusieurs familles à chercher des voies de fuite.
Au port de Baraka, des mouvements inhabituels ont été observés. Craignant une escalade des violences, des dizaines de personnes tentent de rejoindre le Burundi ou la Tanzanie par voie lacustre, malgré les risques et l’incertitude du voyage.
Présence militaire et tensions persistantes
Sur le terrain, des unités des FARDC ainsi que différentes factions Wazalendo sont visibles dans plusieurs quartiers de la ville, sans pour autant rassurer la population. Les habitants redoutent de nouveaux débordements, notamment en raison des tensions récurrentes entre forces régulières et groupes d’autodéfense.
À environ 80 kilomètres au sud de Baraka, la localité de Makobola est citée comme un point stratégique majeur. Selon des informations locales, le chef Wazalendo William Yakutumba y serait installé avec ses hommes. Cette position est perçue comme un verrou sécuritaire : en cas d’avancée des rebelles de l’AFC/M23, déjà signalés dans la région d’Uvira, Makobola constituerait un passage obligé avant toute progression vers Baraka.
Une administration présente mais impuissante
Sur le plan administratif, la ville de Baraka est dirigée depuis le mois de septembre par Marie Mukandja, maire intérimaire. À Fizi-centre, l’administrateur du territoire et ses deux adjoints sont également signalés sur place. Toutefois, malgré cette présence institutionnelle, l’autorité de l’État peine à se faire sentir, laissant la population livrée à elle-même face à l’insécurité.
Une population à bout
Entre pillages, violences sexuelles, tirs sporadiques et rumeurs d’avancées rebelles, Baraka vit dans une incertitude totale. Les habitants appellent à une intervention urgente des autorités provinciales et nationales, afin de restaurer l’ordre, protéger les civils et mettre fin à cette spirale de violences.
En attendant, la ville retient son souffle. À Baraka, ce samedi 13 décembre, l’angoisse domine et la population ne comprend plus rien.
Muller Mundeke Kalonji
