La crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo prend une tournure diplomatique explosive. Réunis le vendredi 12 décembre 2025, les membres du Conseil de sécurité des Nations unies ont tenu leur première séance depuis l’entérinement de l’accord de paix RDC–Rwanda et la chute stratégique de la ville d’Uvira, dans le Sud-Kivu.
À New York, les discours diplomatiques se heurtent violemment à la réalité du terrain. Les États-Unis, soutenus par la France, ont ouvertement accusé le Rwanda de soutenir militairement l’AFC/M23, dénonçant une implication directe de Kigali dans les combats qui menacent de plonger toute la région des Grands Lacs dans une guerre généralisée.
Washington durcit le ton : Kigali accusé de planifier et conduire la guerre
Dans une déclaration sans précédent par sa fermeté, l’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz, a directement mis en cause le régime de Paul Kagame, l’accusant de torpiller les efforts de paix récemment engagés.
« Au lieu d’une avancée vers la paix, comme nous l’avons vu sous la direction du président Trump ces dernières semaines, le Rwanda mène la région vers plus d’instabilité et vers la guerre »,
a martelé Mike Waltz devant le Conseil de sécurité.
Selon la diplomatie américaine, Kigali ne se contenterait plus d’un soutien indirect, mais serait “intimement impliqué” dans la planification, la coordination et l’exécution des opérations militaires du M23. Washington évoque un soutien logistique massif, des livraisons d’armes sophistiquées, des formations militaires, ainsi qu’un encadrement opérationnel direct.
5 000 à 7 000 soldats rwandais engagés aux côtés du M23
L’ambassadeur américain est allé plus loin en avançant des chiffres précis : entre 5 000 et 7 000 soldats rwandais combattraient actuellement sur le sol congolais aux côtés du M23, avec une possible augmentation des effectifs à la faveur de la nouvelle offensive en cours.
Washington affirme également que le Rwanda a déployé des missiles sol-air, de l’artillerie lourde, ainsi que des drones suicides, dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, marquant une escalade militaire préoccupante. Des frappes auraient même touché le territoire burundais, élargissant dangereusement le théâtre des opérations.
« Nous avons des informations crédibles sur une augmentation de l’utilisation de drones suicides et d’artillerie par le M23 et le Rwanda. Nous utiliserons tous les outils à notre disposition pour tenir responsables ceux qui sapent la paix »,
a averti Mike Waltz.
Uvira, nouveau foyer de tensions régionales
La prise d’Uvira, ville stratégique frontalière du Burundi, constitue un tournant majeur dans le conflit. Le secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, a alerté sur les conséquences potentielles :
« Ces derniers jours, la nouvelle offensive lancée par l’AFC/M23 dans le Sud-Kivu a réveillé le spectre d’un embrasement régional aux conséquences incalculables. »
Selon plusieurs sources onusiennes, les forces rwandaises auraient été en première ligne lors de cette offensive, confirmant les soupçons d’une guerre transfrontalière de facto.
La France alerte à son tour et réclame un retrait immédiat
La France, par la voix de son ambassadeur à l’ONU Jérôme Bonnafont, a exprimé une vive inquiétude face à la dégradation rapide de la situation sécuritaire. Paris estime que l’offensive du M23, appuyée par les Forces rwandaises de défense, constitue une menace directe pour la stabilité régionale.
« La prise d’Uvira emporte des risques sérieux et imminents d’escalade régionale et menace directement la sécurité des pays voisins »,
a déclaré le diplomate français.
La France a soumis aux États membres un projet de résolution visant à renforcer le rôle de la Monusco, notamment dans la surveillance effective du cessez-le-feu et l’accompagnement des initiatives de paix.
Une crise humanitaire majeure en aggravation
Sur le terrain, les conséquences sont dramatiques. Les combats ont provoqué le déplacement forcé de dizaines de milliers de civils, dans une zone déjà classée comme la deuxième crise humanitaire la plus grave au monde.
La France a rappelé les engagements pris lors de la conférence humanitaire de Paris du 30 octobre, soulignant l’urgence de protéger les populations civiles et de garantir l’accès humanitaire.
Appels fermes au respect des accords internationaux
Paris comme Washington exigent :
- L’arrêt immédiat de l’offensive du M23
- Le retrait sans condition des forces rwandaises du territoire congolais
- Le respect strict de la résolution 2773 du Conseil de sécurité
- L’application de la Déclaration de principes et de l’accord-cadre de Doha
« Le M23 doit honorer ses engagements, et les Forces rwandaises de défense doivent se retirer du territoire congolais »,
a insisté Jérôme Bonnafont.
Vers une nouvelle phase de pressions internationales ?
Alors que l’accord de paix semble déjà fragilisé, le durcissement du ton américain laisse présager une possible montée des pressions diplomatiques, politiques et économiques contre Kigali. La crise dans l’Est de la RDC apparaît désormais comme un test majeur pour la crédibilité de la communauté internationale et pour la stabilité de toute la région des Grands Lacs.
Ivan Kambere à Butembo
