La situation à Uvira, dans le Sud-Kivu, demeure confuse ce mercredi 10 décembre 2025 au matin.
Alors que plusieurs sources proches de l’AFC-M23 annonçaient avec insistance l’entrée de leurs combattants dans la ville mardi soir, aucune présence rebelle n’a été observée sur le terrain au lever du jour.
À 7h30, les autorités provinciales affirment maintenir le plein contrôle d’Uvira, rejetant fermement les informations qui évoquaient une occupation de cette cité stratégique située à la frontière avec le Burundi.
Les autorités provinciales dénoncent des rumeurs
Le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a qualifié de simples rumeurs les affirmations relayées dans la soirée du mardi 9 décembre.
Selon lui, aucune preuve tangible ne démontre l’entrée des rebelles dans la ville :
« Uvira n’est pas tombée. Aucun élément du M23 n’a franchi nos lignes. La ville reste sous contrôle des FARDC », a-t-il assuré.
Une vidéo amateur filmée tôt le matin par un habitant appuie cette version : on n’y voit ni combattants FARDC, ni éléments du M23, et les rues apparaissent étonnamment calmes malgré la psychose générale.
La communauté internationale hausse le ton
Cette absence subite du M23 intervient alors que la pression internationale s’est intensifiée ces dernières heures.
Les gouvernements des États-Unis, de la Belgique, du Danemark, de la France, de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Suède, de la Suisse, du Royaume-Uni, ainsi que l’Union européenne, réunis au sein du Groupe de contact international pour les Grands Lacs (ICG), ont publié une déclaration commune très ferme.
Dans cette déclaration, l’ICG :
- dénonce une escalade alarmante des hostilités autour d’Uvira,
- exprime une profonde préoccupation face à l’utilisation accrue de drones d’attaque et drones suicides,
- exige l’arrêt immédiat des offensives du M23 et des Forces de défense rwandaises (RDF),
- rappelle aux RDF leur obligation de se retirer de l’Est de la RDC conformément à la résolution 2773 de l’ONU,
- demande au M23 de respecter les engagements pris dans la Déclaration de Doha du 19 juillet 2025.
Cette pression diplomatique, d’une rare intensité, pourrait avoir contribué à ralentir ou suspendre l’avancée annoncée des rebelles vers Uvira.
Faut-il y voir un recul stratégique du M23 ?
Mardi soir, plusieurs relais médiatiques proches du mouvement rebelle se félicitaient déjà publiquement de leur entrée dans Uvira.
Le fait qu’aucun combattant ne soit visible ce matin suscite plusieurs hypothèses :
1. Un repli tactique face à la pression internationale ?
Le M23, souvent accusé d’agir en dépit des injonctions internationales, pourrait cette fois adopter une posture d’attente face à la forte mobilisation diplomatique comme c’est le cas de Walikale Centre au Nord-Kivu à l’époque.
2. Une infiltration discrète en cours ?
Certains observateurs mettent en garde : l’absence visible ne signifie pas l’absence réelle. Le M23 pourrait opérer comme dans certaines localités déjà conquises, en se déployant sans visibilité avant d’officialiser sa présence.
3. Une manipulation de l’information ?
Dans le cadre de la guerre psychologique, chaque camp peut profiter de la confusion pour influencer l’opinion, provoquer des paniques ou tester les réactions militaires.
Une population en suspens
À Uvira, la population reste partagée entre soulagement provisoire et crainte d’un basculement imminent.
Nombre d’habitants redoutent que les rebelles n’apparaissent en pleine journée, comme ils l’ont déjà fait dans d’autres localités du Nord et du Sud-Kivu.
Conclusion : une situation encore volatile
L’absence de combattants ce mercredi matin ne signifie pas que la menace soit dissipée. Tandis que les autorités affirment contrôler la ville, les habitants gardent en mémoire les précédents du M23 et restent en alerte.
La question demeure :
la pression internationale a-t-elle réellement freiné les rebelles, ou Uvira assiste-t-elle simplement à une accalmie trompeuse ?
L’évolution des prochaines heures sera déterminante.
Patrick Kalume Mwanawabandu
