La situation sécuritaire reste extrêmement volatile dans la plaine de la Ruzizi, au Sud-Kivu, où la localité stratégique de Luvungi, dans le groupement Itara-Luvungi (territoire d’Uvira), est désormais annoncée sous contrôle des rebelles de l’AFC/M23.
Ce samedi 6 décembre 2025, plusieurs sources locales, sécuritaires et humanitaires ont confirmé à différents médias que les FARDC, appuyées par l’armée burundaise et les groupes d’autodéfense wazalendo, ont battu en retraite, laissant le champ libre aux rebelles.
Luvungi tombe après deux jours d’intenses combats
Selon plusieurs sources sécuritaires, les affrontements se sont intensifiés entre jeudi et samedi matin. Les FARDC, soutenues par des unités burundaises déployées dans la zone, auraient tenté de contenir une offensive de grande ampleur, mais ont finalement cédé face à la pression rebelle.
« Il y a eu un intense mouvement des populations de Luvungi, Bwegera et Lubirizi vers Sange. Elles fuient l’artillerie des rebelles. Avec tous ces bombardements, il y a eu mort d’hommes », témoigne une autorité locale basée à Uvira.
Les civils décrivent des scènes de panique, les bombardements visant aussi bien les positions militaires que les zones densément peuplées.
Des drones kamikazes utilisés par les rebelles
Une source militaire FARDC jointe par téléphone évoque l’usage massif de drones kamikazes par l’AFC/M23, une tactique qui aurait accéléré le repli des forces loyalistes :
« L’ennemi larguait des drones kamikazes sur Luvungi. Nous avons été obligés de replier pour protéger la population civile. Cela fait deux heures que nous avons quitté la localité, mais nous allons la reprendre », affirme cet officier.
Du côté du M23/AFC, un cadre politico-militaire revendique la prise de contrôle et justifie l’occupation par la volonté de « protéger la population contre les exactions », un discours régulièrement avancé par le mouvement rebelle.
La progression rebelle inquiète Uvira et la communauté internationale
Cette percée de l’AFC/M23 intervient moins de 48 heures après la signature des accords de Washington, un cadre diplomatique censé favoriser la désescalade entre Kinshasa et Kigali. Sur le terrain, c’est pourtant l’inverse qui semble se produire.
Après la reprise de Kamanyola, la poussée vers Katogota, Kaziba, Lubarika et désormais Luvungi, les rebelles semblent vouloir consolider un axe stratégique menant vers Uvira, ville clé située sur la frontière avec le Burundi.
Selon plusieurs organisations humanitaires, les combats et les bombardements ont pour objectif de couper les voies de ravitaillement entre Sange et Luvungi, ce qui pourrait isoler totalement Uvira si la progression rebelle se poursuit.
« Le pilonnage à l’arme lourde se poursuit et menace d’isoler Uvira. La panique gagne la population civile », alertent ces sources, évoquant des déplacements massifs, certains civils tentant de fuir vers les pays voisins, notamment le Rwanda.
Un repli stratégique des FARDC… mais pas un abandon ?
Malgré ce revers, l’armée congolaise assure avoir pris des dispositions pour « mettre en déroute l’avancée de l’ennemi ».
D’après des officiers sur le terrain, le retrait des troupes loyalistes viserait avant tout à éviter un massacre dans une zone où se concentrent des dizaines de milliers d’habitants.
La coalition FARDC–armée burundaise–wazalendo préparerait désormais une contre-offensive, même si aucune opération majeure n’a encore été confirmée officiellement.
Un front en ébullition malgré les promesses diplomatiques
Luvungi n’est que le dernier épisode d’une série de gains territoriaux rapides de l’AFC/M23 dans la plaine de la Ruzizi.
La reprise des combats quelques jours après le retour du président Félix Tshisekedi de son déplacement diplomatique aux États-Unis pose de nouvelles questions sur l’efficacité des engagements pris à Washington et sur la véritable volonté des acteurs régionaux d’apaiser la situation.
Pour l’heure, Luvungi semble bel et bien aux mains des rebelles, tandis que la pression monte sur Uvira, ville qui pourrait devenir le prochain objectif stratégique si aucune opération de stabilisation n’est lancée rapidement.
Muller Mundeke Kalonji
