La Haute Cour militaire a rendu son verdict dans un dossier retentissant qui secoue les forces de sécurité congolaises. Quatre hauts responsables militaires et policiers ont été reconnus coupables, mercredi, d’avoir abandonné la ville stratégique de Goma lors de l’avancée des rebelles AFC/M23, un épisode qui avait profondément choqué l’opinion publique et fragilisé le commandement sur le front.
Des généraux et commissaires divisionnaires condamnés
Parmi les personnalités sanctionnées figurent :
- Général Dany Yangba Tene
- Général Papy Lupembe Mobenzo
- Commissaire divisionnaire Eddy Léonard Mukuna Ntumba
- Commissaire divisionnaire Jean Romuald Ekuka Lipopo, ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu
Ils ont été reconnus coupables de lâcheté face à l’ennemi, abandon de poste, non-exécution des ordres et perte de matériel militaire, des infractions graves prévues par le Code de justice militaire.
Les peines prononcées
Après plusieurs semaines d’audiences, les juges ont retenu des circonstances atténuantes, réduisant les peines en deçà des réquisitions :
- Jean Romuald Ekuka Lipopo : 36 mois de prison
- Eddy Léonard Mukuna Ntumba : 24 mois de prison
- Dany Yangba Tene : 12 mois de prison
- Papy Lupembe Mobenzo : 12 mois de prison
Les quatre condamnés devront également payer une amende collective de 2,8 millions de francs congolais.
Selon des sources judiciaires, les peines initialement sollicitées par le ministère public allaient jusqu’à la réclusion à perpétuité, considérant la gravité des faits et leurs conséquences sur la situation militaire dans l’Est.
Un cinquième haut gradé décédé en cours de procédure
Le général-major Alengbia Nzetetessya, également mis en cause dans ce dossier, a vu l’action publique contre lui s’éteindre suite à son décès en avril dernier. Il devait répondre de manquements similaires, notamment d’« abandon de troupes en zone d’opérations ».
La défense évoque un “repli stratégique” ordonné par la hiérarchie
Durant les audiences, les prévenus ont affirmé avoir agi conformément à des instructions du chef d’état-major général, évoquant la nécessité d’un repli stratégique vers le Sud-Kivu afin d’éviter « une percée totale du M23 sur plusieurs axes simultanés ».
Selon leurs avocats, les officiers n’auraient pas fui mais « exécuté un ordre opérationnel en lien avec la réorganisation des lignes défensives », une version rejetée par le ministère public, qui a rappelé que le contrôle de Goma est un impératif national non négociable.
Des sources sécuritaires citées par plusieurs médias affirment que ce repli aurait créé un vide sécuritaire qui a facilité l’incursion temporaire des rebelles vers les quartiers périphériques, déclenchant la panique parmi les habitants et compliquant les opérations des FARDC.
Un verdict aux répercussions politiques et militaires
Cette décision intervient dans un contexte de forte pression sur l’armée, confrontée à l’une des offensives les plus violentes du M23 depuis 2022. Elle témoigne, selon plusieurs analystes militaires, d’une volonté de restaurer la discipline au sein de la chaîne de commandement et d’envoyer un message clair : les défaillances graves seront désormais sanctionnées.
Du côté du gouvernement, un conseiller sécuritaire évoque « un signal fort de l’État pour rappeler que Goma ne peut plus être abandonnée, quelles que soient les circonstances opérationnelles ».
Dans l’opposition, certains dénoncent toutefois des « peines symboliques » au regard de la gravité des faits reprochés.
Quelles suites pour les forces de sécurité ?
Dans l’immédiat, d’autres enquêtes internes seraient en cours concernant la gestion des opérations dans les territoires de Rutshuru, Nyiragongo et Masisi lors des récentes offensives.
Le Haut Commandement a également annoncé l’ouverture d’une révision stratégique du dispositif sécuritaire autour de Goma, incluant la rotation de plusieurs unités et l’arrivée de nouvelles forces spéciales.
Muller Mundeke Kalonji
