Quelques heures après la signature historique de l’accord de paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, le président américain Donald Trump a affirmé que le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais interviendra « très vite ».
Une annonce qui intervient dans un contexte où, malgré la cérémonie solennelle organisée à Washington, les violences persistent sur plusieurs lignes de front dans l’Est de la RDC.
Une question directe, une réponse sans ambiguïté
Au cours d’une conférence de presse improvisée, une journaliste a interpellé Donald Trump sur la présence toujours active des forces rwandaises en RDC, accusées de soutenir directement les rebelles du M23.
Question :
« Quand verrons-nous le retrait des troupes rwandaises de la RDC et quand verrons-nous une paix réelle ? Parce que même aujourd’hui, alors que nous assistons à un accord de paix historique, des gens continuent d’être tués en RDC, en grande partie parce que ces troupes rwandaises sont toujours sur le sol congolais. Pour la crédibilité de cet accord, ces troupes doivent se retirer. Quand verrons-nous ce retrait ? »
Réponse du président Trump :
« Je pense que vous allez le voir très vite, et même très rapidement. Vous verrez les choses évoluer. Ce que beaucoup considéraient comme impossible devient désormais possible. Ce sera un véritable miracle. Ces deux hommes sont des dirigeants, de grands dirigeants, et ils le prouveront dans les mois et années à venir. Je pense que vous verrez des résultats très immédiats. »
Des propos qui laissent entendre que le calendrier du retrait est déjà discuté en coulisses, même si aucun délai concret n’a été rendu public.
Controverse : Tshisekedi a signé l’accord économique malgré l’absence de retrait demandé
Selon des sources proches de la délégation congolaise, le président Félix Antoine Tshisekedi avait posé comme condition préalable au volet économique de l’accord le retrait d’au moins 90 % des troupes rwandaises du territoire congolais.
Pourtant, cette condition n’a pas été satisfaite au moment de la signature. Kinshasa a tout de même paraphé le cadre d’intégration économique régionale (REIF), suscitant des interrogations au sein de l’opinion publique congolaise, déjà très sensible aux questions de souveraineté.
Le contenu du REIF : un cadre économique ambitieux porté par Washington
Le REIF (Regional Economic Integration Framework) constitue le volet économique majeur de la relance diplomatique entre la RDC et le Rwanda. Porté et soutenu activement par les États-Unis, ce mécanisme vise à transformer la région des Grands Lacs en une zone de stabilité et de croissance.
Objectif central : libérer le potentiel économique rendu possible par la paix
Le REIF ambitionne une intégration progressive dans plusieurs secteurs clés :
1. Énergie : un accès élargi à l’électricité
Le plan vise à exploiter le potentiel hydroélectrique et géothermique de la région afin d’alimenter les ménages, les industries et les zones rurales, particulièrement dans l’Est de la RDC.
L’objectif : soutenir la croissance, moderniser l’économie et réduire la dépendance aux générateurs à carburant.
2. Chaînes d’approvisionnement en minerais : formalisation et traçabilité
Le REIF propose :
- la formalisation de l’exploitation minière artisanale,
- la lutte contre la contrebande,
- la traçabilité complète des minerais,
- l’élimination des flux illicites alimentant les groupes armés.
Il s’agit de faire du secteur minier un moteur de développement plutôt qu’un facteur de conflit, tout en garantissant des chaînes d’approvisionnement fiables pour l’industrie mondiale, notamment américaine.
3. Infrastructures : routes, internet et corridors commerciaux
Le cadre prévoit :
- la modernisation des routes transfrontalières,
- l’amélioration des ports terrestres,
- l’extension des télécommunications,
- la connexion des exploitations minières aux voies commerciales internationales comme le corridor de Lobito.
4. Gestion des parcs nationaux et tourisme
Le Rwanda et la RDC s’engagent à :
- protéger les réserves naturelles,
- renforcer la sécurité dans les parcs,
- développer un tourisme durable,
- créer des revenus directs pour les populations riveraines.
5. Santé publique et sécurité sanitaire
Le REIF prévoit :
- des systèmes d’alerte précoce contre les épidémies,
- une coordination médicale transfrontalière,
- une coopération scientifique,
- un renforcement des infrastructures hospitalières dans l’Est de la RDC.
Mécanisme de gouvernance : une intégration pilotée localement
La particularité du REIF est qu’il sera piloté conjointement par :
- les gouvernements de la RDC et du Rwanda,
- les autorités provinciales,
- les communautés locales,
- la société civile,
- le secteur privé.
Les États-Unis, quant à eux, joueront un rôle de soutien technique et financier, sans se substituer aux autorités locales.
Les prochaines étapes
Plusieurs actions sont déjà prévues dans le plan de mise en œuvre :
■ Organisation du premier Sommet du REIF
Ce sommet fixera les priorités économiques communes et lancera les groupes de travail techniques.
■ Développement des premiers projets
Notamment dans :
- le secteur minier,
- les infrastructures,
- les parcs nationaux,
- la santé publique.
■ Mobilisation du secteur privé américain
Washington prévoit d’encourager les investissements à forte valeur ajoutée, considérés essentiels pour stabiliser durablement la région.
Un accord porteur d’espoir, mais suspendu au retrait effectif des troupes
Si le REIF ouvre une ère de coopération économique sans précédent, la stabilité durable de la région dépendra avant tout de l’évolution de la situation sécuritaire sur le terrain.
Le retrait annoncé des troupes rwandaises représente donc l’élément déterminant de la crédibilité de l’accord.
Pour l’instant, la population congolaise, les experts régionaux et les observateurs internationaux attendent de voir si les promesses formulées à Washington se concrétiseront réellement.
Muller Mundeke Kalonji
