Le parquet fédéral belge s’est officiellement saisi d’un dossier sensible : une plainte visant neuf membres de la famille du président congolais Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Ces proches, tous détenteurs de la nationalité belge, sont accusés d’avoir pris part à un réseau de pillage des ressources minières dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba, au sud-est de la République démocratique du Congo (RDC).
Cette procédure, ouverte à la suite d’une plainte déposée le 8 juillet 2025, marque une étape importante dans ce qui est désormais considéré comme une affaire à la fois judiciaire, politique et diplomatique. Le parquet belge aurait même exigé l’accès complet aux historiques bancaires de plusieurs membres de la famille présidentielle, dont la première dame, Denise Nyakeru, ainsi que des enfants et frères du chef de l’État.
Qui est visé ?
Le dossier inclut des proches de plusieurs cercles familiaux du président, parmi lesquels :
- la première dame, Denise Nyakeru Tshisekedi ;
- certains fils du président ;
- des frères, cousins et une belle-sœur du chef de l’État.
Les plaignants considèrent que ces personnes se seraient rendues coupables de corruption, détournement et blanchiment d’argent à travers la gestion opaque de plusieurs concessions minières.
Une plainte déposée par des avocats et des ONG
La plainte a été initiée par les avocats Bernard et Brieuc Maingain, mandatés par des organisations non gouvernementales du Katanga ainsi que par quatre anciens dirigeants de la Gécamines, la société minière publique congolaise. Selon eux, ce dossier repose sur plusieurs mois de collecte de preuves, de témoignages et d’analyses financières. Des témoins-clés auraient par ailleurs déjà été identifiés et mis à disposition des autorités belges.
Des accusations précises
Les personnalités visées sont soupçonnées d’avoir participé à :
- Des faits de corruption, en exploitant des liens familiaux avec l’appareil d’État congolais pour contrôler des mines stratégiques ;
- Des détournements de revenus miniers, notamment dans des concessions de cuivre, cobalt et zinc ;
- Un réseau international de blanchiment, à travers des transferts financiers à l’étranger, ce qui a motivé la demande d’accès aux comptes en Belgique.
Des mines stratégiques au cœur de l’affaire
Les concessions concernées par l’affaire se situent dans l’ex-Katanga, région dont les sous-sols comptent parmi les plus riches au monde en cobalt, cuivre et autres minerais essentiels à la transition énergétique mondiale. Plusieurs syndicats et organisations locales accusent depuis des années certains acteurs politiques d’exercer une mainmise illégale sur ces richesses au détriment de l’État congolais et des travailleurs miniers.
Selon les ONG à l’origine de la plainte, les revenus estimés issus de ces mines entre 2017 et 2024 représenteraient plusieurs dizaines de milliards de dollars, mais seule une infime partie serait entrée dans les caisses de l’État.
Pourquoi la justice belge ?
Le dépôt de la plainte en Belgique s’explique par la nationalité belge des personnes concernées, rendant la justice de ce pays compétente. Les avocats et ONG affirment également que de nombreuses procédures similaires introduites en RDC auraient été étouffées, ce qui les aurait poussés à internationaliser la démarche. D’autres plaintes pourraient d’ailleurs être déposées dans d’autres pays si les personnes visées y sont propriétaires de biens ou domiciliées.
Réactions et enjeux
L’entourage présidentiel dénonce une manœuvre politique destinée à déstabiliser le pouvoir congolais. De leur côté, les organisations du Katanga saluent une démarche « nécessaire pour protéger les richesses nationales ». Dans certaines localités minières, des manifestants ont réclamé le départ immédiat de « réseaux mafieux liés au pouvoir ».
Cette affaire soulève également des enjeux humanitaires : plusieurs rapports évoquent des licenciements abusifs, la réduction des salaires et le non-respect de conventions collectives dans les zones minières concernées.
Sur le plan diplomatique, le dossier pourrait affecter les relations entre la Belgique et la RDC, dans un contexte où le secteur minier congolais demeure au centre d’enjeux géostratégiques mondiaux.
Quelles suites ?
Le parquet fédéral belge doit désormais décider de l’ouverture officielle d’une instruction. Si elle est confirmée, des actes d’enquête pourront être déclenchés : auditions, perquisitions, vérifier la trace des flux financiers internationaux, interroger les structures de propriété des mines, etc.
Un test pour la gouvernance minière congolaise
Au-delà du cas judiciaire, cette affaire pose une question essentielle : celle de la gestion des ressources naturelles de la RDC, pays parmi les plus riches au monde, mais dont la population reste confrontée à l’extrême pauvreté. La plainte en Belgique pourrait devenir un précédent capable d’influencer durablement les pratiques de gouvernance et de reddition des comptes dans le secteur minier congolais.
Muller Mundeke Kalonji
