Alors que Kinshasa et la rébellion AFC-M23 ont signé à Doha un accord-cadre censé ouvrir la voie vers la paix, la réalité du terrain au Nord-Kivu et au Sud-Kivu vient brutalement contredire l’esprit du texte.
En dépit de la promesse de protéger les civils et de progresser vers une cessation durable des hostilités, les combats se sont intensifiés dans le Masisi, provoquant une nouvelle vague de déplacements massifs.
Un accord sans effet immédiat sur le terrain
Signé sous médiation qatarienne, l’accord-cadre consacre officiellement la protection des populations, la poursuite du dialogue politique et la gouvernance participative. Toutefois, l’absence de mesures opérationnelles contraignantes laisse la porte ouverte à l’interprétation et, surtout, à la militarisation continue.
« Tant que l’accord n’est pas assorti d’exigences claires et immédiates, les parties se sentent libres de manœuvrer », commente un acteur de la société civile.
Résultat : alors que le stylo n’a pas encore séché à Doha, les armes crépitent davantage dans l’Est congolais.
Masisi : série de villages repris par l’AFC-M23
À peine 24 heures après la signature, les hostilités ont repris avec force. Depuis dimanche 16 novembre, plusieurs villages du territoire de Masisi ont changé de mains.
Les rebelles de l’AFC-M23 ont mené de violentes offensives contre les milices d’autodéfense Wazalendo, entraînant des mouvements massifs de population.
- Lundi 17 novembre, les villages de Kashanje et Nyampanika, près de Mweso, ont été brièvement contrôlés par les Wazalendo avant d’être menacés par une contre-offensive rebelle. Les habitants se sont réfugiés vers des zones plus sûres.
- Mardi 18 novembre, l’AFC-M23 a pris le contrôle des positions Wazalendo à Kasheke et Bituna, dans le secteur d’Osso Banyungu. Les camps des combattants d’autodéfense sont désormais occupés par les rebelles, après le repli de ces derniers vers Kautu pour rejoindre les FARDC.
- Au même moment, Katoyi-centre est tombé à son tour. Selon des sources administratives locales, les rebelles progresseraient désormais vers Ufmandu, dans le groupement Nyamaboko 2.
Cette poussée rebelle provoque un nouvel exode. De nombreux habitants fuient principalement vers Walao Yangu, dans le territoire voisin de Walikale, espérant y trouver refuge.
Les combats atteignent également le Sud-Kivu
Alors que le Masisi s’embrase, des affrontements ont également été signalés dans le territoire de Shabunda, au Sud-Kivu. Cette simultanéité des offensives laisse craindre une stratégie élargie visant à étendre le contrôle rebelle au-delà du Nord-Kivu.
La population appelle l’État à agir
Face au contraste entre les engagements diplomatiques et la réalité sécuritaire, les voix critiques se multiplient. Des leaders communautaires et organisations citoyennes réclament une réaction forte du gouvernement congolais.
« On ne signe pas la paix pour laisser l’ennemi avancer. L’État doit prendre ses responsabilités », martèle un notable du Masisi.
Pour eux, la RDC doit non seulement honorer l’accord de Doha, mais aussi affirmer son autorité en renforçant ses capacités militaires, diplomatiques et humanitaires.
En attendant… les civils paient le prix
À l’heure où cet article est rédigé, la pression rebelle se poursuit, les routes se vident, les villages se désertifient et l’incertitude règne autour de Mweso, Katoyi et Shabunda.
Les populations, prises entre les accords théoriques et la réalité violente des armes, continuent de fuir sans savoir où trouver sécurité.
Muller Mundeke Kalonji
