RDC : reprise des combats au Nord et Sud-Kivu quelques heures après la signature de l’accord cadre de Doha

À peine quelques heures après la signature de l’accord-cadre entre le gouvernement congolais et la rébellion AFC-M23 à Doha, le fracas des armes a de nouveau retenti dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Des affrontements ont été signalés dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu dans la soirée du samedi 15 novembre et se sont poursuivis ce dimanche 16 novembre 2025, suscitant de vives inquiétudes quant à la mise en œuvre du processus de désescalade.

Affrontements meurtriers à Bukumbirwa (Nord-Kivu)

Dans le groupement Ikobo, en territoire de Walikale, la population de Bukumbirwa a vécu une nuit d’angoisse. Selon des sources locales concordantes, des combattants Wazalendo ont lancé une attaque contre les positions tenues par l’AFC-M23 dans ce village. Des tirs nourris armes lourdes et légères ont été entendus jusque tôt ce dimanche matin.

Le bilan provisoire est lourd : deux enfants ont perdu la vie et une femme a été grièvement blessée par balle lors de l’échange de tirs. Les habitants, terrés chez eux toute la nuit, redoutent une escalade alors que des combats sporadiques se poursuivent encore ce dimanche, selon une source sécuritaire sur place.

Sud-Kivu : mort du chef milicien Chance Mihonya

Au Sud-Kivu, un autre développement majeur est intervenu dans la même nuit. Le chef milicien Chance Mihonya, condamné à mort il y a quatre ans, a été tué dans les affrontements à Kabushwa, dans le groupement Irhambi-Katana. Mihonya était considéré comme l’un des principaux chefs Wazalendo encore actifs dans la zone.

Ancien détenu de la prison centrale de Bukavu, dont il s’était évadé lors de la prise de la ville par l’AFC-M23, il avait rejoint ses anciens hommes autour du Parc national de Kahuzi-Biega (PNKB), réactivant ses réseaux et ses capacités de nuisance. Sa mort intervient dans un contexte de fortes tensions, alors que plusieurs groupes armés locaux rejettent ouvertement le processus de Doha.

Un accord déjà fragilisé ?

La signature de l’accord-cadre de Doha, sous la médiation du Qatar, devait marquer une avancée significative vers un apaisement durable. Mais ces nouvelles violences montrent déjà les failles potentielles dans son application.

De nombreux leaders Wazalendo réaffirment en effet que l’accord entre Kinshasa et l’AFC-M23 ne les engage pas, puisqu’ils n’ont été associés ni aux consultations ni à la table des négociations. Ce discours nourrit un climat de méfiance et complique les efforts de stabilisation sur le terrain.

Appels au recadrage et au contrôle des groupes armés

Face à ces attaques jugées « non coordonnées » et « contreproductives », plusieurs voix parmi la société civile, les analystes sécuritaires et même au sein des cercles politiques appellent le gouvernement congolais à recadrer l’attitude de certains groupes Wazalendo.

Ils craignent que ces actions unilatérales ne compromettent l’application progressive de l’accord-cadre et ne rallument de nouveaux fronts dans un contexte déjà explosif.

Un début de processus sous tension

Alors que la communauté internationale suit de près l’évolution de la situation, ces incidents surviennent au moment même où les parties signataires s’engageaient à réduire les hostilités et à préparer la voie vers un accord de paix global.

La reprise des combats au Nord et Sud-Kivu met en lumière l’un des défis majeurs du processus : l’absence de consensus entre les groupes armés locaux, dont certains restent opposés à toute forme d’accord avec l’AFC-M23, et dont la loyauté envers Kinshasa est parfois fluctuante.

L’évolution de la situation dans les prochains jours sera déterminante pour juger de la viabilité réelle de l’accord de Doha et de la capacité du gouvernement congolais à asseoir son autorité sur l’ensemble des forces engagées sur le terrain.


Ivan Kambere à Butembo

Related Post

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *